La vitesse d'envol dépendra des cinq variables suivantes:


1 De la quantité des forces mobilisables

Dans un espace moteur codifié, et très réduit en ce qui concerne le poids, le disque et le marteau, le lanceur a du mal à exprimer toutes ses potentialités. Une bonne partie des progrès techniques a donc consisté en la recherche de positions de départ et de techniques qui permettraient l'allongement du chemin de lancement, afin de mettre en œuvre un plus grand nombre de forces.

C'est ainsi, qu'au poids et au disque, au lieu de partir, comme dans les années 50, de profil par rapport à l'aire de lancer, les athlètes ont pris 90° supplémentaires en tournant le dos à l'aire de réception. Quant au marteau l'évolution est due à l'accroissement du nombre des tours.

Si au poids cette nouvelle position a surtout eu pour conséquence de rajouter l'imposante masse des dorso-lombaires et d'augmenter le travail des obliques, grâce à la prise d'avance en rotation alors permise par ce type de départ, elle aura eu peu d'influence sur la longueur du chemin de lancement; bien que les quelques centimètres gagnés aient leur importance.

Par contre, au disque, cette nouvelle façon de partir aura induit un changement technique important. Ainsi grâce à un pied de pivot positionné tout au fond du cercle, ce que ne permettait pas le départ de profil des années 50 (le pied de pivot étant alors au centre du cercle), l'athlète dispose maintenant de 2m50 pour engendrer une translation qui auparavant restait très limitée.

Au poids, O'BRIEN fut le premier à partir de dos, mais il ne fut pas le premier à véritablement lancer de dos, car à l'issue de son sursaut il se retrouvait de profil pour une phase de réalisation beaucoup plus courte qu'aujourd'hui puisque les lanceurs contemporains visent une arrivée de dos à la reprise du double appuis.

Cette notion d'addition des forces, si importante en lancer, est facilement assimilable par le débutant; il suffit de le mettre dans les situations suivantes:

-assis sur un banc ou par terre, lancer une masse vers le haut uniquement avec l'action du poignet (donc départ bras tendu au-dessus de l'épaule)

-idem en y ajoutant la flexion-extension du bras,

-puis une inflexion latérale,

-enfin, debout, y ajouter l'action des jambes.

A chaque situation nouvelle, la progression du sommet de la trajectoire est significative du processus d'addition des forces.


2 De la qualité des forces

Traditionnellement, les hommes "gros" étaient orientés vers les lancers. Aujourd'hui, les connaissances en physiologie musculaire aidant, la notion de force dynamique a remplacé la notion de "masse"; on constate donc une "re-modélisation" des lanceurs CF la première photo de l'analyse du Poids).

Disposer d'une masse musculaire "active" est important quand on sait que la première partie des lancers réside dans l'animation du complexe lanceur-engin, et que les périodes actives sont courtes dans l'espace comme dans le temps.

 

3 De l'orientation des forces.

La trajectoire sera le résultat de trois actions principales qui sont : la translation, la rotation, le soulever

Remarquez l'importance de la sollicitation pliométrique (flexion des appuis) que seule la puissante musculature de l'athlète (quels quadriceps pour une féminine!!!) arrivera à exploiter.

Sur les deux photographies la flèche 1 indique la réaction du sol à l'action de l'athlète qui tente de repousser violemment ce sol en arrière ce qui lui permettra d'assurer la continuité de la translation et, dans la même action, la flèche 2 sur le bassin (photo de gauche) indique la rotation (face avant du bassin) consécutive à l'action du pied droit autour du pivot gauche.

Photo de droite, l'appui droit attend en demi-soutien que le bassin avance pour, suivant la direction de la flèche 3, produire l'effort de fixation du côté gauche.

C'est du bon enchaînement de ces trois actions que dépendra l'angle et la vitesse d'envol.

 

Dans les lancers dits en translation

Il importera que l'engin demeure le plus près possible de la direction idéal du lancer afin qu'il ne subisse que des forces propres à lui communiquer la plus grande vitesse possible; pour ce faire, les appuis devront se poser et agir le plus près possible de cet axe et dans le sens voulu.

Sur ces deux photos l'engin demeure dans le plan sagittal très près de la ligne des épaules.

A noter également la main porteuse qui est toujours au-dessus du niveau des épaules. CF analyse descriptive du javelot

L'étage de réalisation devra, lui aussi, agir sans déviation.

Les excès que nous constatons parfois aujourd'hui au javelot (où l'athlète frôle la légalité en effectuant une rotation des épaules qui l'amène à la limite de présenter le dos à l'aire de réception - faute disqualifiante) n'amènent rien de plus pour des débutants; bien au contraire. L'allongement du chemin de lancement qu'ils recherchent ainsi en amenant donc la main loin derrière leur dos ne doit pas être copié avant le stade de l'expertise car il introduit des trajets très souvent à risque (le coude risquant de passer sur le côté et de subir ainsi un traumatisme).

L'orientation des forces est un élément essentiel lors de la phase préparatoire quand il s'agit d'obtenir un déplacement mécaniquement efficace; comme par exemple : le sursaut du poids, la volte du disque, la préparation du double appui final du javelot, où une trop forte composante verticale compromettrait la capacité de réaction lors de l'arrivée du double appuis.

Dans les lancers en rotation L'athlète doit tout sacrifier pour que la vitesse tangentielle de l'engin soit la plus élevée possible ; ce qui sous entend que ses appuis se placent de façon à pouvoir : augmenter la vitesse angulaire de l'engin et dans le même temps résister à la composante radiale de la force centrifuge.

4 De l'enchaînement des forces

Nous le savons maintenant, l'objectif majeur du lanceur réside dans la recherche d'une vitesse initiale la plus élevée possible au moment du lâcher; or nous savons aussi qu'il faut plus d'énergie pour vaincre l'inertie que pour entretenir le mouvement, voire l'accélérer. Le lanceur devra donc mettre en œuvre les forces les plus puissantes, qui sont aussi les plus lentes, puis les forces les plus faibles qui sont aussi celles qui engendrent les déplacements segmentaires les plus amples ( ceux dont la vitesse angulaire est la plus élevée). Ce principe obéit à la mise en œuvre proximo-distale des forces, c'est à dire : agir dans un premier temps avec les muscles proches des racines des membres pour terminer par les muscles des extrémités.

C'est ici qu'il faut bien se pénétrer du concept fondamental des lancers énoncé par la troisième Loi de NEWTON dite Loi d'action-réaction. En effet, le lanceur est

la seule entité déformable de la trilogie athlète - terre - engin

Illustration photo de droite : Si dans la phase de réalisation, il commence par agir sur l'engin, il encaissera une réaction de l'engin, proportionnelle à son action, car placé entre deux masses indéformables (l'engin et la terre) il subira cette réaction qu'il ne pourra pas supporter si son étage de transmission n'est pas au préalable fixé. Il amorcera alors un recul du bassin et des épaules (ce que nous appelons: "l'effet sandwich") qui ne lui permettra pas de transférer à l'engin toute l'énergie voulue puisqu'une partie non négligeable sera absorbée par son recul..

Illustration photo de gauche : Si par contre, il commence par agir sur le sol, en l'enfonçant, en le repoussant, le sol lui transmettra sa réaction ...et comme l'athlète est le plus léger, c'est lui qui se déplacera dans le sens opposé à son action sur le sol, ce qui aura pour conséquence:

I - de communiquer à l'ensemble lanceur-engin un déplacement convenablement orienté

II - de placer les chaînes osseuses inférieures selon un "arc-boutant" capable d'encaisser la réaction que l'engin ne manquera pas d'engendrer quand le lanceur voudra lui communiquer les ultimes accélérations.

Observation importante, le lanceur de gauche a bien commencé à agir contre le sol comme le prouve le poids qui est resté à l'épaule pendant toute la phase de réalisation; ce n'est que maintenant, après avoir communiqué le maximum de vitesse au complexe lanceur engin qu'il va transférer les ultimes forces d'accélération au poids.

Pour bien expliquer ce principe, il est utile de prendre l'exemple des engins balistiques (canon-arc-lance pierre...) qui peuvent restituer à un projectile des forces préalablement emmagasinées (force expansive des gaz explosifs de la charge, force rétractile de l'élastique, force élastique de l'arc) à condition qu'ils possèdent un point d'appui solide: culasse solidaire du châssis, lui-même ancré au sol; tenue de la fourche par le poignet ou tenue de l'arc sur un bras solidement fixé.

 


AINSI, CHEZ L'ATHLETE, C'EST L'ACTION INITIALE SUR LE SOL QUI, PAR LA REACTION QU'ELLE ENGENDRERA

(la fixation en arc-boutant des membres inférieurs)

LUI PROCURERA UNE VERITABLE PLATE-FORME DE LANCEMENT, LE RENDANT ALORS APTE A AGIR SUR L'ENGIN SANS QUE LA REACTION DE CELUI-CI N'INDUISE NI RECULE NI ABSORPTION DE L'ENERGIE.


5 De la durée d'application des forces

Comme pour la quantité des forces, il s'agit d'une notion très liée à celle du chemin d'impulsion, car plus il sera long, plus l'athlète pourra accélérer ... à condition qu'il en ait les moyens.

Ceux qui ne les ont pas ont souvent tendance à rechercher "une impression de vitesse" en employant un subterfuge qui consiste à réduire la longueur du levier de l'étage de réalisation; ce qu'ils effectuent en reculant l'épaule gauche et en transférant l'axe de pivot de cette épaule gauche à la colonne vertébrale, ou en changeant brutalement la position des appuis par sursaut, ce qui induit la même réduction de levier.

Ainsi, en fonction du principe de la conservation de l'impulsion, le levier diminuant, la vitesse angulaire augmente, mais ce qu'on a l'impression de gagner d'un côté (vitesse angulaire) on le perd de l'autre (longueur du chemin de lancement).

Cette notion de durée d'application doit laissera l'athlète l'impression que ses temps moteurs sont très longs dans l'espace mais vites dans le temps.

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