Avant propos

En EPS, les instructions officielles précisent, entre autres, que l'élève doit identifier, s'approprier et maîtriser les compétences requises, dans et, par la pratique d'activités physiques et sportives culturellement établies et classées selon différents domaines d'action.

Concernant une tâche motrice aussi élémentaire que la course, qui comporte toutefois des compétences spécifiques différentes selon les courses, on serait en droit de constater l'intégration de ces "savoirs en action" chez la grande majorité des élèves à l'issue de leur scolarité du premier cycle du second degré. Or, la majorité des jeunes étudiants en Education Physique ignore que les sprinters ont une foulée qui diffère de celle du fondeur. Ce fait n'est pas étonnant quand on constate après sondage qu'à la question : "Vous a-t-on appris à courir ?" L'ensemble répond spontanément : "A prendre un départ, oui; à courir, non".Tout se passe donc comme si les enseignants d'EPS considéraient que la motricité course n'est pas objet d'apprentissage.

L'enfant court spontanément sans interroger sa motricité et lorsqu'il tente d'aller vite, il ne fait qu'accroître la fréquence et/ou l'amplitude de ses foulées, sans se préoccuper de la qualité de ses actions motrices. De ce fait, l'immense majorité des enfants met en oeuvre une foulée économique de type "fond" peu efficace dans la plupart des activités sportives à fort potentiel de déplacement. Or, ce sont bien, nous le verrons ci-après, le mode de mobilisation et la qualité des appuis qui feront la qualité de la course; ( à noter que dans le domaine de la haute performance se sera principalement le potentiel énergétique musculaire génétiquement déterminé,% de fibres blanches dans les muscles, qui importera.

Il faut également prendre conscience que la qualité des appuis et donc des foulées intéressera environ 80% de l'espace en course courte et 90% et plus dans les autres, alors que le départ ne concernera au mieux que les premiers 20%. D'où l'intérêt, nous semble-t-il de comprendre et d'intégrer les principes opérationnels de la foulée; qu'elle soit de sprint ou de fond, bien que dans ce dernier cas on puisse se "contenter" plus facilement du comportement spontanément acquis

 

ANALYSE DE LA FOULEE : SPRINT et DEMI-FOND

Définition : Une foulée est un cycle complet de jambes; c'est à dire, l'espace parcouru entre deux appuis successifs d'un même pied. Une foulée comporte donc deux demi-cycles alternativement couverts par une phase d'appui et une phase de suspension.

Un cycle sera défini par son amplitude et sa fréquence (nombre d'appuis par seconde). La variation verticale du centre de gravité, autrement dit la flèche de sa trajectoire, sera un autre élément significatif.

L'analyse du demi-cycle sera effectuée à partir des deux éléments suivants:
1 - La phase d'appui qui comprendra une
chaîne fermée pour la jambe en contact avec le sol et une chaîne ouverte pour l'autre jambe.

1.1 La partie chaîne fermée de la phase d'appui est traditionnellement découpée en trois parties:

- l'amortissement (ou reprise de contact),
- le soutien (phase de compression-renvoi, au moins en demi-fond, car on verra plus loin, à mon avis, qu'il en va autrement en sprint)
- l'impulsion.

1.2 La chaîne ouverte qui concerne la jambe libre, par exemple la droite, débute à la fin de l'impulsion créée précédemment par cette même jambe droite, se poursuit pendant tout l'appui(jambe gauche) et la suspension qui suivra pour se terminer à la reprise d'appui de cette même jambe droite.

Dans la phase d'appui, si le concept d'amortissement est bio-mécaniquement juste (en effet, lors de la suspension le centre de gravité du sprinter(CdG) a subi une impulsion vers l'avant et un peu vers le haut d'où le fait que le CdG est doté d'une certaine énergie potentielle, énergie qu'il faudra bien freiner lors de la reprise d'appui). Mais l'usage de ce terme d'amortissement pour décrire la reprise d'appui en sprint, semble ne pas convenir tant il induit une idée de ralentissement totalement antinomique avec les intentions du sprinter. Nous préférerons donc utiliser en sprint, demi-fond court et obstacles, l'un des termes suivants : contact actif, contact dynamique, reprise active.

Par contre, cette phase d'amortissement est bien réelle et même intentionnelle dans la foulée de fond où elle servira à la mise sous tension des extenseurs (mise sous tension effectuée par une fermeture un peu plus prononcée des angles cuisse-bassin et jambe-cuisse) et donc à l'utilisation du concept d'étirement-renvoi. La différence se situera au niveau de la cinétique du segment jambe du membre inférieur qui retrouve l' appui . CF ci-après.

2 - la suspension, espace-temps qui sépare la pose de deux appuis, où les deux membres inférieurs sont des chaînes ouvertes

C'est avant tout une phase au cours de laquelle l’athlète, qui n'a plus d'appui au sol et ne peut donc plus accélérer, subit l'action de la pesanteur et la résistance aérodynamique (force externe) qui vont réduire sa vitesse.

Dès la fin de l'impulsion, le pied est brutalement accéléré par la réaction des fléchisseurs préalablement mis sous tension par l'extension. La jambe se fléchit sur la cuisse ce qui a pour effet de diminuer l'inertie du membre inférieur et donc d'augmenter sa vitesse angulaire. La flexion jambe-cuisse atteint son maximum lors de la phase de soutien de l'autre appui. Le bassin, précédemment en légère antéversion, à cause de l'extension maximum de la cuisse sur le bassin au moment de l'impulsion, est replacé en rétro-version..

L'oscillation vers l'avant, commencée dès la reprise de contact de l'autre jambe, est accélérée (ce qui, selon la loi d'action-réaction aura pour effet de renforcer la pression au sol de l'autre appui). Dès que le genou passe sous la verticale du centre de gravité, la jambe débute son extension sur la cuisse.

[Il faut noter qu'il y a concordance entre le point d'élévation le plus haut du genou libre et la fin de la poussée de l'autre appui.]

C'est ici que la différenciation majeure va être établie entre la foulée de sprint et la foulée de demi-fond.

En effet, pendant que la cuisse monte vers l'horizontale, le pied est accéléré vers l'avant. Si, au moment de l'inversion du déplacement de la cuisse, le pied est lui aussi accéléré dans l'autre sens, c'est à dire d'avant en arrière, l'ensemble du segment inférieur va rechercher le sol:
- du haut vers le bas (abaissement de la cuisse) vecteur Ab sur la photo
-et d'avant en arrière (accélération du pied vers l'arrière) vecteur AV sur le croquis

Ceci entraînera au moment du contact dynamique une réaction du sol conforme au sens du déplacement général du sprinter

- de bas en haut vecteur AB'
- d'arrière en avant vecteur AV'

Nous avons donc là le type de mobilisation de reprise d'appui indispensable en sprint où la véritable intention et représentation du sprinter doit être de vouloir faire rouler la terre sous son appui. (action réaction)

 

En demi-fond court, compte tenu que les vitesses moyennes de course sont élevées, la dynamique de la foulée tend à se rapprocher de plus en plus de celle du sprint et les meilleurs coureurs de 800/1500 ont une cinétique de jambe de reprise identique, quoiqu'un peu moins active, que celle du sprinter.


Dans le demi-fond long et le fond, la phase de reprise sera nettement moins active qu'en sprint. Le segment jambe continuera donc vers l'avant. Le contact sera plus passif par le talon, suivi d'un déroulement complet du pied (mêmes vecteurs que pour la photo du sprint). Toutefois, une reprise du pied sous la projection verticale du genou limitera la réaction néfaste qu'engendrerait la pose d'appui encore animé d'une vitesse arrière/avant


Equilibration des bras (CF SEGMENTS LIBRES).

Elle doit compenser les rotations engendrées par le déplacement des masses inférieures, car la mobilisation de la jambe libre dès la fin de l'impulsion s'effectue autour de l'autre appui ce qui ne peut qu'orienter son déplacement avec une composante de rotation (la hanche et la jambe libre pivotant autour de la hanche de la jambe d'appui). Le bras correspondant à la jambe d'appui sera donc anté-pulsé pour compenser le moment angulaire de la jambe libre, le bras correspondant à la jambe d'appui étant lui rétro-pulsé. Ainsi la mobilisation équilibrée de ces masses contro-latérales permettra la continuité d'un déplacement en ligne.

La mobilisation des bras s'effectuera avec une flexion constante de l'angle bras/avant-bras:

-Flexion afin de pouvoir mobiliser ce segment rapidement.
-Flexion constante surtout lorsque le bras pendule en arrière, car l'allongement de l'avant-bras sur le bras est préjudiciable à une mobilisation rapide du segment supérieur. Observable: un coureur qui déplie avant bras sur bras a probablement un appui de piètre qualité; en effet ce type de mobilisation qui se traduit par une mobilisation longue dans le temps du bras est significatif d'un appui long au sol. GRUNDLACH (opus cit) a démontré que plus la qualification du sprinter est élevée, plus le rapport entre le temps d'appui et le temps de suspension est grand. Ce qui revient à dire que la durée de l'appui diminue par rapport à la durée de la suspension.

Enfin, la cavité glénoïde étant orientée vers le haut, l'avant et le dehors, les bras auront tout naturellement tendance à être antépulsés vers l'axe médian du corps, et rétropulsés vers l'extérieur; il faudra donc veiller à en maîtriser l'excès.


PHASE D'APPUI

Le contact est établi par le bord externe du pied, cheville en légère adduction, ligne des orteils inclinée vers le haut et l'intérieur, car les extenseurs du pied sur la jambe travaillent en synergie avec les adducteurs rotateurs internes du pied.

La plante trouve immédiatement le plein appui, la tonicité du pied et la qualité de son action font que le talon n'entrera pas en contact avec le sol, contrairement à la foulée de demi-fond long où le contact s'établit souvent par le talon avec un déroulement total du pied au sol. CF ci-dessus.

Comme précisé, également ci-dessus, la phase de contact déclenche l'accélération du retour de l'autre jambe ce qui aura pour effet d'accroître la pression de cet appui au sol.

Le pied se pose à la verticale du genou qui fléchit aux environs de 130° (DUBOIS-MONNERET in "Le sprint", VIGOT, PARIS, 1976). Ceci permet de neutraliser l'énergie potentielle, de mettre sous tension les extenseurs, et surtout de diminuer le moment d'inertie du centre de gravité et donc d'accélérer sa vitesse de translation autour de ce nouveau point fixe.


POUSSER ou TIRER........TIRER et POUSSER ?

Certains auteurs font état d'une double intention si ce n'est d'une double action de "tirer" et de "pousser". Il convient de consulter à ce sujet "L'entraînement athlétique" de J.PIASENTA, Editions ENSEP, collection "entraînement", Paris 1988 où l'on trouvera une bonne analyse et des illustrations des cycles antérieurs et postérieurs de la foulée.

A l'évidence, l'accélération en abaissement du genou et la recherche du retour actif du pied au sol sont l'œuvre des ischio-jambiers et des fessiers, musculature typique des actions en traction du membre inférieur. Mais compte tenu de la vitesse horizontale, de la pose du pied sous le genou, et de la faible distance qui sépare le nouvel appui de la projection verticale du centre de gravité, l'action de "tirer" ne s'exerce que sur un trajet très court; l'essentiel de l'action motrice de la foulée de sprint étant à mettre au compte de la phase de poussée. On peut trouver un argument supplémentaire à la justification de la mise en action du groupe fessiers-ischio et donc à cette partie en traction de la foulée, en constatant que la plupart des traumatismes musculaires en sprint affectent la masse des ischio, laquelle, soumise à un étirement par la recherche d'un cycle antérieur, est obligée de fournir une contraction extrêmement puissante en course externe.

La cinématique s'est récemment penchée sur les différents trajets du pied de la jambe libre selon les types de courses. L'image du déplacement du pied peut être assimilée à une poulaine (surface circonscrite par l'enregistrement du déplacement de la pointe du pied). On notera que le dessin de cette poulaine est plus allongé et plus plat en arrière, et plus haute mais plus court en avant de la verticale en sprint qu'en fond. On constate que le posé du pied y est également réalisé d'avant en arrière, indiquant par-là le retour actif du pied au sol.
L'observation de la trajectoire arrière du pied est un bon indicateur de la qualité et de l'orientation de la poussée.

Considérations annexes
La vitesse sera fonction de deux paramètres:

1-L'amplitude qui est la distance qui sépare deux appuis.
2-La fréquence qui est le nombre d'appuis par unité de temps.

1 - A propos de l'amplitude ( GRUNDLACH op. cit). Pour les sprinters de haut niveau, l'amplitude croît jusqu'aux environs des 40/45m, se stabilise jusqu'aux 90m, puis augmente à nouveau sur la fin du parcours.

On notera également que :
- Plus on descend dans l'échelle des valeurs, plus l'amplitude maximum est atteinte tôt.
- Plus la distance est courte, plus l'amplitude est grande : 2,25 en sprint et 1,80 sur 5.000m.

En demi-fond (CF Billat et coll, Comparaison de l'athlète humain et équin, Revue STAPS, n° 50, automne 1999) :"Cette vitesse au seuil lactique marque effectivement pour les trois quarts des athlètes humains et équins une augmentation brutale de l'amplitude pour l'homme et de la fréquence pour le cheval."

2 - A propos de la fréquence, on peut avancer que deux variables sont à prendre en compte:

-La durée de l'appui au sol
-La durée de la suspension.

Comme la durée de la suspension dépend de la flèche de la trajectoire et que généralement celle-ci est peu élevée, même chez les débutants, la fréquence sera principalement soumise à la durée de l'appui. Les sprinters sont donc des athlètes qui sont capables de fournir le maximum de puissance dans le minimum de temps, et toute la différence se jouera là.
La fréquence ira en augmentant jusqu'au 25m, baissera très progressivement, puis diminuera en fonction de l'augmentation de l'amplitude constatée en fin de course.
On peut se reporter à l'étude de Michel DACH, dans le spécial colloque SPRINT A.E.F.A., pour obtenir un tableau des fréquences des foulées sur 100m, en fonction de la vitesse de course et du levier jambe.

La recherche menée par GRUNDLACH en 1963 (opus cit) a eu le mérite de démontrer, entre autre, l'intérêt d'un départ en puissance en opposition à ce qui était en vigueur à l'époque: le départ en vélocité. Aujourd'hui, on porte l'accent sur la capacité à se mettre progressivement en action et à être le premier aux trente mètres plutôt que d'exploser et d'être le premier à dix mètres, sauf bien entendu dans les épreuves indoor très courtes.

Déplacement du centre de gravité

Il va décrire une sinusoïde à cause des impulsions réitérées et des reprises d'appui.
L'orientation de l'impulsion est un des éléments majeurs de la structure de la foulée, car elle ne doit pas conduire à une flèche élevée qui serait à la fois une perte de temps et à l'origine d'un amortissement important.

 

ANALYSE DU DEPART EN SPRINT

Si les compétences spécifiques et savoir-faire relatifs à la foulée sont, selon nous, des apprentissages premiers en course, il est néanmoins nécessaire d'optimiser la mise en action. Apès une période où les départs étaient pris debout, Sherill, en 1887, fut le premier à partir en  position quadrupédique à partir de trous creusés dans la piste en cendrée, par la suite les athlètes utilisèrent les blocs de départ (strating blocs).
La technique n'a évolué que pour permettre à l'athlète de partir le plus vite possible. Mais, en départ quadrupédique, la puissance requise pour combattre le déséquilibre causé par la suppression des appuis mains n'est pas à la portée de tous. L'expérience scolaire démontre que les jeunes partent souvent bien plus vite en position debout (à condition de respecter les compétences spécifiques de ce type de départ) qu'en position quadrupédique.

DISPOSITION DES STARTINGS BLOCS

Seul l'entraînement déterminera l'emplacement des blocs par rapport à la ligne; il s'agira d'expérimenter, chronomètre en main, plusieurs positions afin de choisir celle qui sera la plus efficace. En effet, tous les athlètes n'ont pas, ni la même morphologie, ni la même puissance. En ce qui concerne les coureurs moyens (des élèves par exemple) il existe, à leur niveau, une règle générale qui veut que la distance qui sépare le premier bloc de la ligne, puis les blocs entre eux, soit grossièrement équivalente à une longueur du "levier jambe" (longueur du tibia); du coureur.

Le sprinter rentre à reculons dans les blocs après avoir mis les mains au sol. Cette façon de procéder lui évite des contorsions ridicules et lui permet de bien plaquer les plantes contre les blocs. Il va de soi que le pied ne doit pas être en extension sur la jambe, sinon les extenseurs sont complètement contractés et donc dans l'impossibilité de produire une extension du pied sur la jambe. Par ailleurs, cette position ne permet pas un appui complet sur le bloc ce qui entraîne forcément un recul du talon lors de la poussée des muscles extrêmement puissants des extenseurs de la cuisse sur la jambe.

Le genou de la jambe arrière est mis en terre et les mains placées derrière la ligne. Comme elles devront supporter le poids du tronc, il est nécessaire d'avoir une "tenue" dynamique; pour ce faire, l'appui écarté pouce-doigts semble s'imposer. Le placement de la main dans un plan frontal répond à une plus grande facilité de suppression de ces appuis antérieurs lors du départ.

L'écartement moyen des bords internes des deux blocs étant d'environ 10cm, le sprinter devra veiller à bien répartir les masses jambes et le tronc par rapport à l'axe médian, et à ce que le placement des mains soit symétrique par rapport à cet axe.

L'important consiste à respecter en position "prêt" des angulations cheville, genou, hanche qui permettent aussi bien un rendement qu'un déplacement segmentaire optimum:
-ainsi, lors de la position "PRET" la jambe arrière ne sera ni trop allongée (ouverture de l'angle du genou au delà de 120°), ni trop fléchie (fermeture en deçà de 90°).

-Comme la biomécanique nous enseigne que l'angle le plus favorable pour l'application d'une force est un angle de 90°, il est donc nécessaire que l'angle de la cheville soit de 90° pour que les extenseurs du pied travaillent selon un angle favorable. Comme les membres inférieurs sont différemment fléchis, les directions respectives de la jambe arrière et de la jambe avant ne seront pas les mêmes, l'angle que forme la jambe arrière avec l'horizontale est d'environ 25 à 30° et celui de la jambe avant d'environ 45°. Il en résulte que pour avoir une cheville à 90° avec un pied appuyé contre le bloc, l'angle d'inclinaison du bloc arrière devra être complémentaire de l'angle que forme la jambe avec l'horizontale; donc de 65 à 70° pour la jambe arrière, et de 45° pour la jambe avant. Ceci explique pourquoi le bloc avant est plus ouvert que le bloc arrière.

 

Les épaules sont amenées au-dessus des mains ce qui entraîne des membres supérieurs au moins dans un plan vertical, et même parfois un peu au-delà, ceci pour éviter d'avoir à effectuer, au commandement "prêt", une translation horizontale du tronc vers l'avant dans le but d'amener le centre de gravité au plus près des appuis antérieurs. Autant prendre cette position immédiatement ce qui limitera les risques de déséquilibre vers l'avant, et donc de faire un faux départ.
Dans ce plan frontal, les bras sont tendus dans le but d'avoir les épaules le plus haut possible. Parfois, pour des raisons de confort, les mains sont placées au sol avec un écart un peu plus important que celui de la largeur des épaules. Les athlètes en "crounch"(position très ramassée) écarteront forcément plus les bras pour des raisons de commodité (BEN JONHSON utilisait tout le couloir).

La tête est en place, ni tombante, ni en extension.

Dans cette position, on s'accorde pour dire que la jambe avant est la jambe la plus forte parce qu'elle doit supporter plus longtemps toute la masse corporelle, et parce qu'elle agit deux fois plus longtemps. Cette opinion n'est pas partagée par BUSH et WEISKOPF de l'Université de LOS ANGELES ("La formation du sprinter de haut niveau" in Athletic journal, mars 1976)


PRÊT

départ 1 : Athlète longiligne
Les appuis sont déjà relativement allongés

départ 2 : Athlète moyen
l'ouverture des angles cuisses jambes est proche de 90°

départ 3 : Athlète bréviligne
angle cuisse-jambe fermé
départ dit en "crounch" = "groupé"

Dans les trois cas, il est possible d'observer la projection verticale du genou de la jambe avant qui se rapproche de plus en plus de la ligne de départ

Le coureur élève le bassin pour ouvrir les angles genou-hanche ce qui monte le genou de la jambe arrière qui servira de centre de rotation pour le déplacement du segment cuisse lors de la phase suivante. La ligne du bassin se trouve donc légèrement au-dessus de la ligne des épaules. Dans le même temps, le dos s'arrondit. L'athlète est en apnée inspiratoire pour constituer le bloc thoraco-abdominal (KAPANDJI 3Physiologie articulaire" tome 3,MALOINE) indispensable pour que la formidable poussée des jambes soit transmise au tronc. Les chevilles sont relâchées, les plantes en appui contre les blocs.

L'athlète est très concentré sur les actions motrices à effectuer, et non stressé par l'attente du signal; il est prêt et disponible.

 

.SIGNAL DU DEPART
Le temps de réaction que BANDEJKINA ("Théorie und praxis der koperkultur", juin1962, document INS n° 110 février 1965)a défini comme: "le temps qui sépare le signal de l'instant où les mains quittent le sol" s'établit dans la fourchette de 0,16 à 0,19" pour 57% des sprinters avec un minimum enregistré de 0,06".

Pour BOIVIN P dans une étude parue dans le spécial SPRINT de l'A.E.F.A., le temps de réaction est celui que met l'athlète pour atteindre une pression de 30kg sur le bloc arrière.
La jambe arrière ("Theorie und praxis...) entre en action 0,01 à 0,02" avant la jambe avant; la différence pouvant aller jusqu'à 0,04/0,05" chez les partants rapides.
Enfin, la poussée de la jambe avant dure environ deux fois plus longtemps que celle de la jambe arrière: 0,511" contre 0,245".
L'ordre de départ et le temps de réaction des segments sont les suivants (Recherche de BRESHANAM cité par HAY in "biomécanique des techniques sportives", VIGOT, PARIS, 1980)
-1- Main opposée à la jambe arrière 0,172"
-2- Main opposée à la jambe avant 0,219"
-3- Jambe arrière 0,286"
-4- Jambe avant 0,443"

Dès la perception du signal les bras sont projetés vers le haut, l'un vers l'avant, l'autre vers l'arrière. De ce fait, le tronc est "brutalement accroché" par les lombaires au bassin, les épaules se redressent et se retrouvent placées sur la direction de la poussée de la jambe arrière. La jambe arrière entre dans le même temps en action et revient vers l'avant essentiellement par une flexion cuisse sur bassin, laquelle entraîne une fermeture de l'angle du genou. Cette flexion de la cuisse sur le bassin entraîne donc une élévation du genou vers l'avant et le haut qui participe au couple de redressement du corps.

Cette élévation risque d'être compromise si l'athlète n'a pas un bon gainage du bassin, car le redressement des épaules a déjà pour effet de prédisposer à une antéversion (principe de l'action-réaction).

Dans le même temps, la jambe avant produit son effort.


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Nombreux sont les auteurs( BRANDJEKINA, BUSH, WEISKOPF) qui renoncent à demander une explosion maximum et qui privilégient la PUISSANCE plutôt que la VELOCITE, leur argumentation se fondant sur le fait expérimental (GRUNDLACH "Course de vitesse: variations de la vitesse de course et de la structure des foulées sur 100m" Document INS, n° 108, mai 1965)

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A ce niveau de la mise en action, le sens du déplacement du segment jambe, et donc du pied, est fondamental. Il s'agit d'avoir l'intention de "percuter" le sol d'avant en arrière et de haut en bas. En fait, tout est commandé par la cinétique de la cuisse qui après avoir été élevée doit être violemment rabaissée pour que le pied se pose de haut en bas et d'avant en arrière de façon à induire une réaction du sol d'arrière en avant.

 

Cette intention réalisée amène le premier appui à percuter le sol au-delà de la ligne de départ à une distance un peu inférieure (ou au plus identique) à celle qui le séparait le bloc avant de la ligne de départ..

Ceci reste encore fonction :

- de la durée de la poussée de la jambe avant; car plus elle poussera longtemps, plus le pied se posera loin devant

-de la capacité de mobilisation vers le bas et l'arrière de la jambe devenue jambe avant.

La qualité de la pose de cet appui, comme des suivants immédiats, est une condition indispensable d'un bon départ.

 

L'accrochage du tronc au bassin, enclenché dès la suppression des appuis mains, permet d'obtenir un alignement parfait de la ligne d'impulsion/percussion dont il conviendra de redresser très progressivement l'orientation afin de bénéficier de la puissance de plusieurs appuis successifs en percussion.
Le partant est un "pousseur" qui va se redresser progressivement pour "tracter et pousser". Observable : L'orientation du regard légèrement vers l'avant mais vers le sol, et ce pendant plusieurs appuis.
Observable : l'amplitude de la mobilisation des bras signe d'une qualité de poussée et de forte mobilisation de la jambe libre

.

Au fur et à mesure du déroulement de ces premiers appuis en percussion, l'attitude de course va progressivement être structurée par une réorientation de la poussée, la jambe avant étant de plus en plus replacée près de la projection verticale du bassin puis devant celle-ci. Le coureur entre alors dans une phase de structuration complète de la foulée de sprint. CF ci-dessus.

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