Analyse du saut à la Perche

1- La course d'élan

Tenue de la perche

Tout dépendra du pied d'appel; car comme la jambe libre doit s'engager vers l'avant lors de l'impulsion, il conviendra donc que la perche ne gêne pas cet engagement. Ainsi, un sauteur pied gauche devra-t-il tenir la perche à droite pour que celle-ci soit présentée de la droite vers la gauche, libérant ainsi l'espace pour la projection-pénétration de la jambe droite (jambe libre). Le mode de préhension de la perche qui permettra cette équilibration aura fait l'objet d'une découverte préalable comme précisé dans l'annexe; tenue de perche).

Les croquis du perchiste sont tirés de "Evolution de la technique du saut à la perche",M.HOUVION, bulletin AEFA, Paris. Les flêches ont été rajoutées pour l'analyse

Pour l'analyse de la tenue et de la course, il convientd'identifier trois leviers agissant en synergie:Croquis du haut ci-contre.

1- la tenue proprement dite, assurée par un levier du premier genre, avec un point d'appui main gauche (petit a), le vecteur poids de perche figuré en (petit r) et la force appliquée à l'engin pour le maintenir en position favorisant la course (petit f).

2- l'accroche de l'ensemble perche/épaules au tronc, assurée également par un levier du premier genre, avec comme point d'appui la colonne dorsale, le nouveau centre de gravité de l'ensemble perche/poitrine (grand R) et la force de maintien réalisée par les extenseurs du tronc (grand P).

Croquis du bas ci-contre.
3- En ce qui concerne l'attitude de course, l'ensemble tronc perche, dont le centre de gravité a été décentré vers l'avant à cause du poids de la perche, exige aussi la mise en œuvre d'un levier du premier genre, avec d'une part le point d'appui bassin/coxo-fémorales, la résistance (grand R) et la puissance (grand P) celle des fessiers qui agissent en synergie avec les grands droits.

On comprend alors que c'est la tenue de perche qui impose une modification de l'attitude de course, attitude caractéristique des perchistes qui est due à une forte fixation en rétroversion du bassin (synergie du travail des grands-droits et des fessiers). En effet, cette rétroversion entraîne une élévation des points d'insertion vertébraux du psoas et un recul des points d'insertion des iliaques (psoas-iliaques), c'est ce "recul élévation" des points d'insertion supérieurs des psoas qui facilitent donc l'élévation du genou de la jambe libre en course; d'où une course typique en traction. Illustration photo 1 ci-dessous.Pour un complément d'informations CF également psoas.
Il convient de noter que si le bras droit appuie fortement sur la perche, son extrémité antérieure sera fortement relevée ce qui aura deux conséquences :
1-l'une que l'on peut considérer comme momentanément bénéfique : une diminution relative de petit r (poids de la perche),
2-l'autre plus délicate à négocier qui tient au fait que cette attitude haute du pied de perche risque d'entraîner un "piquer" brutal dans le butoir, alors que le "présenter de perche" doit se dérouler selon une relative solution de continuité avec la linéarité du déplacement du pied de perche vers le fond du butoir..

 

Photo 1

Attitude caractéristique de la course en "traction" du perchiste lors de la course d'élan.

Attitude due, répétons le, aux actions de fixation du bassin en forte rétroversion, seule façon de "tenir" l'important déport vers l'avant du centre de gravité partiel de l'ensemble sauteur - perche.

Les débutants, dont la musculature de fixation n'est peut être pas encore assez développée pour avoir spontanément cette attitude, doivent faire attention à maintenir cette rétroversion. C'est la raison pour laquelle il faut leur demander de "monter les genoux" pendant la course d'élan. Le respect de cette consigne exige donc une rétroversion du bassin qui, à son tour, permet d'avoir la position requise pour "tenir" la perche correctement fixée.

L'étude de la tenue de perche demande que l'on anticipe sur la suite de l'analyse et que l'on évoque immédiatement la notion de levier; c'est à dire la distance qui sépare le pied de perche de la main supérieure ATTENTION : cette distance doit se mesurer pied de perche dans le fond du butoir.

Ce levier sera fonction des capacités de l'athlète à le redresser et du type de perche utilisé, chacune ayant un degré de flexion précis correspondant : à la hauteur à franchir, au poids et à la puissance du perchiste. A noter également que chaque perche présente "un ventre", partie légèrement convexe qui doit être présentée dans la direction où l'on veut faire plier la perche; ce qui implique que les deux paumes doivent se trouver à l'opposée de la convexité naturelle de l'engin (ou si l'on préfère dans la concavité). Il conviendra d'en tenir compte lors de la prise en main de l'engin.

La course d'élan

La présence de l'engin génère plusieurs contingences que le sauteur doit respecter impérativement et notamment : le présenter de perche, la position perche - sauteur lors de ce présenter, et la distance d'impulsion par rapport à la fois au butoir et à la verticalité de l'aplomb de la main supérieure, éléments qui sont étudiés dans les phases suivantes. Il est donc indispensable que la course d'élan soit parfaitement étalonnée, car le sauteur ne peut pratiquement pas compenser une mauvaise gestion de l'espace d'élan, ce qui peut se traduire par de nombreuses situations catastrophiques : perte de vitesse, appel trop loin, appel trop près...Cette gestion de l'espace d'élan est d'autant plus impérative que, contrairement aux autres sauts où l'athlète peut éventuellement corriger in extremis son arrivée sur le meilleur point d'impulsion possible, ici la présence de l'engin et les contingences de la liaison course - impulsion (voir ci-après) font que toute adaptation de dernière minute voue le saut à l'échec.

2- La liaison course - impulsion

On peut affirmer que cette étape est, dans l'espace, la plus longue de tous les sauts, car elle débute sur l'avant dernier appui gauche; soit quatre suspensions avant l'impulsion.

L'engagement du sauteur en accélération sur les quatre derniers appuis sera l'un des éléments déterminants de sa réussite Au cours de cette période , il doit faire passer la perche d'une tenue favorisant la prise d'élan, à une position permettant le "présenter de perche" qui vise : à faire prendre à la perche de l'avance sur le sauteur (CF avance en translation).

Lors du passage sur l'antépénultième gauche, et sur les deux suspensions suivantes, l'athlète, par une antépulsion des bras, engagera le pied de perche vers le butoir en le maintenant le plus près possible de l'axe de course. Pour ce faire, les deux coudes amorcent un mouvement vers l'avant et vers le centre du corps; le coude droit passant près du tronc.

Sur les deux dernières suspensions qui aboutissent aux derniers "droite - gauche", l'athlète effectue la phase dite de "présenter soulever". Dont nous donnerons les particularités après avoir exposé ce qui suit :

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Croquis 3

Ainsi, lors du présenter, l'athlète conduira un effort de soulever pour ouvrir l'angle de perche. Cet effort de grandissement élèvera par-là même le centre de gravité et alignera la chaîne d'impulsion sous la réserve expresse que le pied d'appel se situe à la verticale de la main supérieure.
Si l'appui est derrière cette projection, le sauteur, trop loin du butoir, prendra son impulsion avant que la perche n'atteigne le fond du butoir et il ressentira violemment la butée de la perche au tout début de son envol. Il encaissera alors un choc dans les épaules qui risquera de compromettre la liaison course - impulsion et même de lui arracher la perche des mains.

Si l'appui est devant cette projection, le sauteur sera d'une part en hyperlordose, ce qui empêchera une impulsion complète, et d'autre part l'ouverture de l'angle de la perche sera réduite. Enfin son bras gauche ne pourra pas s'opposer convenablement à la résistance de la perche et son bassin risquera de venir se coller à la perche, ce qui annulera tout transfert d'énergie.

Croquis 4

Il convient de noter que, dès l'impulsion terminée, les actions motrices de la main haute sur la perche vont s'inverser. Si la main gauche doit toujours transmettre la poussée dans la même direction et repousser énergiquement l'engin pour fournir le point fixe haut, action qui maintiendra les épaules loin de la perche (voir ci-après), la main droite doit immédiatement s'opposer à la résistance de la perche.
Sur les deux croquis 3 et 4 la main gauche agit toujours en extension alors que la main droite agit en extension lors de l'impulsion, puis dès le début de l'envol en traction.

Ces actions qui débute la phase dite de "pénétration dans la perche" demandent une puissance musculaire de la ceinture scapulaire non négligeable.

 

Croquis 5

Sur cette photo on constate que le tronc vient se coller à la perche. D'où il en résulte qu'une grande partie de l'énergie cinétique est utilisée pour "penduler" et non pas pour être transmise à la perche afin de la lui faire emmagasiner. (A noter qu'avec les perches rigides qui ont précédé les fibres de verre, cette procédure "pendulaire" était, le seul moyen pour pouvoir repasser au-dessus de ses appuis mains; le bas du corps agissait à l'image d'une balançoire, le bassin remontant en tournant autour des appuis mains. Il fallait donc que les poteaux soient assez loin pour que les jambes puissent remonter vers l'avant et le haut sans toucher la barre).

En observant cette attitude, on peut faire les hypothèses suivantes :

- soit l'élève n'a pas compris la consigne,
- soit il répugne à la mettre en œuvre compte tenu de la prise de risques qu'il imagine,
- soit il n'en a pas encore le bon schéma en tête (idéation motrice),
- soit il n'a pas eu le temps de mettre en œuvre la résistance bras inférieur dès le début de l'impulsion, car après il n'a plus les moyens musculaires pour rétablir la situation,
- soit il n'a pas effectivement les moyens musculaires voulus pour résister au moment d'inertie du tronc (ce qui est rare),
- soit enfin, comme précisé ci-dessus, son pied d'appel a dépassé la projection verticale de la main supérieure entraînant lordose et flexion du bras inférieur car alors le corps est trop près de la perche..

 

Croquis 6

Le "présenter" est donc suivi par l'impulsion qui est dirigée essentiellement vers l'avant. La phase de pénétration commence. Le sauteur engage alors le genou libre vers l'avant tout en gardant les épaules et le bassin loin de la perche formant ainsi momentanément un bloc tronc - bassin qui, ayant emmagasiné toute l'énergie résultant de la composante Vh/ Vv, constitue un moment d'inertie très élevé qui contraint la perche à céder et à plier. Sur le croquis ci-contre figurent les vecteurs suivants:

  • - en E1 la transmission à la perche de son équivalent E : somme du moment d'inertie acquis par Vh (Ec) et de l'énergie d'impulsion (E2),
  • - en M1 le point fixe haut constitué par F1 résistant à la réaction de la perche et qui génère dans le même temps F2 (action - réaction) qui assure un point fixe épaules loin de la perche
  • - l'action C1 s'opposant à l'action C2 de la perche,
  • - R préfigure la pénétration du bassin qui tournera autour du point fixe P

 

photo 2

photo 3

photo 2

L'athlète poursuit la pénétration dans la perche en commençant une rotation du bassin autour du point fixe épaules et en ramenant la jambe d'impulsion près de la jambe libre ce qui prolonge dans le temps et dans l'espace l'énergie transmise à la perche et l'oblige à plier au maximum de la relation : énergie et masse du sauteur, levier / valeur mécanique de la flexion de la perche

photo 3


Une fois que le bassin est arrivé à l'horizontale la phase de renversement commence. On remarque que le sauteur reste toujours loin de la perche

3- Le franchissement

Photo 3 : En continuité avec la pénétration et précédent le franchissement lui-même, on observe :

- la phase de renversement qui positionne le sauteur en vue d'utiliser le temps de renvoi de la perche (temps de perche); c'est à dire le moment où l'engin ayant atteint son point limite de flexion - compression restituera son énergie élastique par un retour à son état d'origine.
- la phase de repousser qui prolonge le "temps de perche"

Photo 4

Photo 5

Lors de l'impulsion - pénétration les jambes et le bassin sont animés d'un mouvement de l'arrière vers l'avant et du bas vers le haut. Le sauteur va accélérer ce déplacement en effectuant un renversement du tronc autour du point fixe épaules (voir photo 3) associé à une rapide fermeture des cuisses sur le tronc. Quand les jambes et le bassin ont atteint l'horizontale, le renversement du tronc qui se poursuit est accompagné par une extension des cuisses sur le bassin. Ces actions font que le sauteur se retrouve le dos à la barre (photo 4).

Dans le temps de perche, le sauteur, encore en suspension (photo 4), va amorcer une rotation longitudinale tout en continuant à monter (rotation facilitée par l'écart entre les prises).

Il passe, d'abord main inférieure (photo 5) puis main supérieure, de la suspension à l'appui pour se retrouver complètement en appui, tronc, ventre et cuisses face à la barre. Son demi-tour terminé, il se retrouve à la verticale mais toujours animé, et c'est extrêmement important d'un reliquat de vitesse horizontale.

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Le "repousser" enchaîne avec le temps de perche, le sauteur agissant forcément en premier avec la main inférieure qui se trouve le plus loin, puis avec la main supérieure. A cet instant, la conservation d'une certaine Vh sera nécessaire et le sauteur l'accentuera grâce à l'appui main supérieur qui peut, alors que la perche est fixée vers le haut par sa réaction, prendre légèrement appui sur elle pour accroître cette Vh.

Le corps du sauteur est engagé sur une trajectoire parabolique au cours de laquelle le sauteur accentue la fermeture cuisses sur tronc, poitrine creuse pour "enrouler" la barre. Une fois le bassin engagé, sur ce point fixe virtuel le sauteur engage une extension qui lui permet de dégager le haut du corps.

La conservation du moment angulaire fait que le corps continue en rotation et que le sauteur engage la chute sur le dos.

 

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