Analyse du lancer du Marteau

avertissement

L'analyse qui suit tente de décrire des actions fort complexes dont les structures spatiales et temporelles ne sont pas aussi séquentielles que le texte pourrait le laisser croire. Le lecteur devra garder en mémoire qu'un paragraphe décrit un instantané (photo arrêtée de l'action en cours) alors que d'autres actions sont aussi en route.

Ces descriptions s'en tiennent à ce qui est bio mécaniquement juste et adapté aux moyens des élèves. De ce fait, elles ne correspondent peut être pas toujours à ce que l'observation des champions véhicule comme image. Dans ce cas, une justification est présentée par un lien annexé


Tenue de l'engin

Elle est dictée par la position des membres supérieurs au moment du lâcher. En effet, comme l'engin doit être accéléré le plus loin possible, pour un lanceur droitier, la main gauche sera donc la dernière à pouvoir le faire puisque l'athlète lance de droite à gauche. Comme il faut également assurer le plus grand levier possible, il faudra donc n'engager dans la poignée que, les articulations "phalangines-phalangettes" gauche, puis, par dessus, les dernières phalangines-phalangettes de la main droite.

 

Phase préparatoire Elle se déroulera selon deux procédures suivant que l'on débute ou que l'on est un lanceur confirmé. En effet, effectuer ce lancer en procédant immédiatement par une acquisition de vitesse par tours successifs exige des compétences (équilibre, prises d'avances...) qui ne sont pas l'apanage des débutants. Comme l'une des finalités consiste à lancer, il convient de proposer à ce débutant un mode d'animation qui lui permettra de satisfaire sa motivation et de lancer dès les premières animations de l'engin.

1- Donc, sans débuter par la difficile maîtrise d'une animation par tours, ce débutant cherchera à doter son engin d'une vitesse qui lui permettra de maintenir une inclinaison de l'ellipse décrite par l'engin (donc d'avoir toujours un point haut). Il commencera donc par utiliser les moulinets pour acquérir cette vitesse initiale. Mais il conviendra, assez rapidement d'ailleurs, de lui apprendre l'animation par "tour".
2- s'il s'agit d'un lanceur confirmé, le début de l'animation se fera éventuellement par un seul moulinet, puis l'accélération optimum sera acquise au fur et à mesure de l'enchaînement des tours qui suivront.

Animation par moulinet: (animation qui ne concerne que l'engin mais qui permet quand même de lancer, d'où son intérêt pédagogique)

Placement de dos, appuis un peu plus écartés qu'au disque afin de mieux assurer les déplacements latéraux du Centre de Gravité (C de G), déplacements dus à la mise en opposition du poids du corps par rapport aux points haut et bas du marteau. Jambes en demi-soutien, bassin en rétroversion. L'engin est posé au sol sur une ligne parallèle à l'axe idéal de lancer passant par le bord externe de la cheville droite et aussi loin devant que le permettent des bras normalement allongés.

Pour débuter le mouvement sans beaucoup d'effort, il suffit de soulever les mains pour que l'engin commence à osciller vers l'arrière. Cette oscillation est accompagnée par les bras, les épaules, le bassin et le poids du corps vers l'arrière droit. L'engin atteint ainsi un premier point bas arrière. Le lanceur relance la détorsion vers la gauche par action du pied droit au sol, ce qui ramène le poids du corps et l'engin vers la gauche. Les bras accompagnent en soulevant ce qui place l'engin sur un premier point haut avant gauche situé un petit peu en avant et au-dessus de l'épaule gauche et donc dans le plan frontal antérieur.

Dans les moulinets, en aucun cas le point haut ne devra se situer dans la partie postérieure du plan frontal, car alors la masse de l'engin risquerait d'entraîner un déséquilibre arrière du lanceur. En effet, si le point haut se situait en arrière du plan frontal des épaules, une compensation de la répartition du poids du corps devrait obligatoirement intervenir qui imposerait un mouvement antéro-postérieur du bassin; mouvement générateur, à terme, d'un déséquilibre au niveau des appuis.

Quand l'engin atteint son premier point haut deux problèmes se posent :
- 1 assurer la continuité de la rotation de la tête du marteau autour du lanceur,
- 2 Garder l'équilibre, et donc modifier, dans le plan frontal, la position du C de G

Pour satisfaire à ces deux objectifs, n'hésitons pas à nous répéter : il ne faut pas que les bras passent derrière la tête. En effet, situés strictement dans le plan frontal, les deux appuis sont pratiquement dans l'incapacité de s'opposer à un déséquilibre antéro-postérieur qui, s'il commence, ne fera que s'accentuer avec l'accélération des moulinets jusqu'à la perte d'équilibre.

Quand l'engin est à son point haut avant gauche (photo de droite ci-dessous), le lanceur doit donc esquiver le risque de passage des bras derrière la tête par une double action :
- 1 flexion des bras qui fera passer les mains juste devant le front
- 2 rotation rapide du tronc vers le point arrière bas droit.

ATTENTION : le fait de fléchir les bras augmente la vitesse angulaire du marteau. Le lanceur doit donc esquiver très rapidement, transférer le poids du corps sur l'appui gauche pour, avec la jambe droite, résister à la force centrifuge qui l'attire à nouveau vers le point bas arrière droit (photo de gauche ci-dessous).

A la force centrifuge exercée à ce point arrière bas droit, s'oppose une résistance de la jambe droite

A la force centrifuge exercée à ce point haut avant gauche s'oppose une résistance de la jambe gauche

On observe donc que le C de G évoluera à l'opposé de la position du marteau, la jambe opposée au marteau ayant plutôt un rôle de soutien (résistance à l'action de la pesanteur) et la jambe côté marteau, un rôle de résistance à la force centrifuge.

Plus les bras resteront longtemps détendus vers le point haut avant gauche (dans les limites de ce qui précède), et retrouveront rapidement ce relâchement vers le point arrière droit, plus le chemin d'accélération sera long. Là encore, le lanceur doit avoir la sensation d'un temps long

Si le lanceur enchaîne plusieurs moulinets avec l'intention de lancer (étape d'apprentissage logique pour un débutant) il convient que l'engin soit placé au bout du nombre de moulinets voulus selon une disposition spatiale qui correspond à l'angle d'envol que l'on veut lui donner. Comme au marteau cet angle est proche de 45°, il serait donc nécessaire (voir croquis de gauche ci-dessous) que le dernier point bas soit vers P3 pour que le point haut de lâcher se trouve diamétralement opposé en L, soit au-dessus et légèrement en arrière de la position de l'épaule gauche.
Ainsi, sur trois moulinets d'élan, la progression du point bas ira de P1 en P3. On imagine aisément qu'au P2 correspondra un point haut à l'extrême limite du passage des mains derrière la tête; en conséquence, le P3 est alors, soit le dernier point bas avant lancement, soit le signal d'entrée dans les tours. En effet au point P3 correspond un point haut diamétralement opposé qui, si le lanceur ne lançait pas, ou n'entrait pas dans les tours, entraînerait ses bras complètement derrière sa tête (CF déséquilibre étudié ci-dessus). Répétons-nous, le passage du marteau dans l'axe du pied droit est donc un véritable signal, soit de lancer, soit d'entrée dans les tours.

 

Animation par enchaînement des tours (animation de l'ensemble lanceur-engin)

Le point bas ayant évolué vers P3, le lanceur entre dans les tours d'accélération en phase totale avec son engin, c'est à dire en engageant la rotation de ses différents étages selon la même vitesse angulaire que celle du marteau.. Il part avec son marteau; pour cela, il faut qu'il déclenche sa rotation seulement lorsque l'engin passe devant lui. Sur la photo ci-contre, on constate que les lignes des hanches et des épaules ainsi que la tête sont strictement dans le même plan vertical, plan perpendiculaire au marteau. Le lanceur suit son engin du regard.

L'appui droit a engagé le corps en rotation autour du pivot gauche; pivot qui s'effectue dans un premier temps(180°) sur le talon. On observe également que si l'engin monte, l'athlète descend sur son pivot de façon à abaisser son C de G (équilibre) et mettre ses chaînes osseuses inférieures en position dynamique pour, d'abord résister pendant les tours à la force centrifuge, puis exploser lors de la phase de réalisation.

Prise d'avance en rotation : Une rotation accélérée de l'appui droit autour du pivot gauche(une nouvelle forme de "serrer le genou") permettra à cet appui d'arriver avec le temps d'avance nécessaire pour organiser la résistance à la force centrifuge. En effet, si le pied droit arrivait au sol en même temps que le marteau à son point bas, le lanceur serait irrémédiablement déséquilibré vers l'arrière du cercle, car il n'aurait pas eu le temps de positionner sa résistance (jambe droite) à la force centrifuge. La fin de ce pivot (autres 180°) s'effectue sur plante, ou sur le bord externe dès que la vitesse s'accroît. Sur un tour, le lanceur avance donc en translation de la longueur d'environ un pied et demi.

 

EQUILIBRE DANS LES TOURS L'une des erreurs spontanées des débutants consiste à pencher le corps en arrière dans le but de se servir de leur poids du corps pour s'opposer à la force centrifuge.

La photo ci-contre illustre la position que peut prendre un lanceur confirmé dont la vitesse de rotation est élevée et, par voie de conséquence, la force centrifuge appliquée au marteau importante. On constate que, si le centre de gravité du corps du lanceur n'est pas au-dessus du pied pivot, le centre de gravité de l'ensemble lanceur-engin, représenté ici par un trait plein vertical, est bien au-dessus du pivot. Que le lecteur se reporte à la page tour pour plus de justification.

On comprend alors que, si un débutant prenait une telle position penchée en arrière sans que la vitesse de son marteau ne génère un déplacement du centre de gravité de l'ensemble lanceur-engin suffisant pour qu'il soit situé à la verticale de l'appui, il serait en position totale de déséquilibre. Dans ce cas, il y aurait écrasement sur le pied droit à la reprise au sol et impossibilité de poursuivre les actions.
Il est donc primordial que le débutant comprenne qu'il doit accepter de charger son pied de pivot avec son poids du corps tant que sa vitesse de rotation n'est pas élevée, condition indispensable pour réaliser un tour bien équilibré. Il est tout aussi important qu'il intègre les sensations proprioceptives qui lui permettront de "sentir" que, plus il va vite, plus il doit "résister" avec sa jambe pivot et que pour ce faire celle-ci doit prendre une direction (inclinaison vers l'arrière) qui lui permettra d'orienter convenablement la direction de la résistance.

La phase d'animation peut comporter plusieurs tours : 2, 3 ou 4 selon les capacités du lanceur. L'essentiel réside dans la capacité à accélérer au fur et à mesure des tours. Quand il n'y a plus d'accélération, il ne sert à rien d'engager un tour supplémentaire. On imagine aisément que plus la vitesse des tours augmentera, plus l'athlète devra maintenir l'avance en rotation des appuis sur le bassin afin que sa jambe droite soit capable de trouver la position de résistance à la force centrifuge et capable également de poursuivre l'accélération.

L'avance en translation, pour minime qu'elle soit à chaque tour existe néanmoins et il conviendra de s'assurer que le débutant engage bien un pivot en talon puis plante et non pas uniquement sur plante ce qui le ferait pivoter sur place. L'avance en translation permet de maintenir l'orientation de la résistance à la force centrifuge lors de chaque point bas (dans les tours) en créant un déplacement régulier des appuis et du bassin vers l'aire de réception.

Phase de réalisation Phase finale

Le marteau à ceci de spéciale que l'écart antéro-postérieur dans un plan sagittal entre les deux appuis n'existe pas contrairement aux trois autres lancers. Il en résulte que sur le plan spatial il n'y a pas de différenciation possible entre ces deux phases.
Dès l'arrivée au sol du dernier pied droit, en totale prise d'avance en rotation sur l'engin, le lanceur exploite au maximum cette prise d'avance. La force centrifuge extrêmement élevée l'oblige à une rapide et puissante extension des membres inférieurs prolongée, en toute synergie, par une même extension du tronc.

Commentaire : La mobilisation en accélération du plus grand levier possible est, nous le savons, la condition indispensable de la production de performance dans les lancers. C'est donc également l'une des conditions nécessaires pour la réalisation d'un geste bio mécaniquement juste. Dans ce lancer considéré comme l'apanage des hommes forts il peut apparaître comme paradoxal de constater la bonne réussite des jeunes filles lors des apprentissages.
L'explication est simple; en effet, et pour des raisons qui tiennent à leur peu de potentiel musculaire, et donc à leur incapacité à agir sur l'engin, les jeunes filles intègrent très vite les sensations qui permettent une bonne compréhension et donc une bonne motricité dans ce lancer. Leur relâchement "musculairement obligé" leur permet d'obtenir un excellent placement de l'engin sur son chemin d'accélération et un grand levier lors de la phase finale. Par contre, les jeunes gens, qui ont déjà les moyens musculaires d'agir sur l'engin, ont toujours tendance à vouloir fléchir les bras en final pour avoir la sensation de "faire quelque chose sur l'engin". Il en résulte que là, comme dans les moulinets ou les tours, ils manquent souvent de relâchement et n'intègrent pas aussi facilement les indispensables coordinations motrices.

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