Analyse descriptive du saut en longueur

1- La course d'élan

Comme dans tous les sauts, la bonne gestion de la course d'élan est l'un des éléments majeurs de la réussite du saut. En effet, l'athlète doit  au cours de la mise en action :

- acquérir le maximum de vitesse utile

- dans un espace rigoureusement étalonné pour qu'il puisse aborder la phase de liaison course - impulsion dans les meilleures conditions possibles; c'est à dire sans avoir à effectuer un ajustement pour "trouver la planche".(tout ajustement entraînant une diminution de la vitesse)

Concernant les vitesses de course et d'envol, à consulter : La relation vitesse - performance au saut en longueur, A Boudard, revue AEFA, 1992.

La longueur minimale de la piste d'élan doit être de 40m, et si les athlètes de haut niveau l' utilise entièrement, on verra plus loin que ce n'est pas l'intérêt des sauteurs peu confirmés. On observe alors généralement:

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2- La liaison course - impulsion

Cette phase qui se déroule sur les trois ou quatre derniers appuis doit permettre au sauteur, d'une part de maintenir sa vitesse utile et, d'autre part de prendre les avances nécessaires au déclenchement de la vitesse verticale.

Rappel : Pour déclencher une vitesse verticale alors que l'on est en course, il faut :

Comme les jambes du sauteur ne sont pas extensibles et ne peuvent donc pas, lors d'une attitude de course, aller chercher plus loin en avant, il est alors nécessaire d'abaisser légèrement le centre de gravité (Pour bien comprendre cette nécessité, il convient, en station debout pieds joints, d'effectuer une fente avant progressive pour constater que le centre de gravité descend au fur et à mesure que l'écart s'agrandit...donc, compte tenu de la longueur fixe des jambes, il est nécessaire d'abaisser le centre de gravité si l'on veut pouvoir prendre contact avec le sol le plus en avant possible). Outre le fait que cet abaissement fournira les quelques centimètres qu'il est nécessaire de gagner pour pouvoir prendre une avance en translation, il permettra également une légère flexion des appuis ce qui autorisera une mise sous tension des extenseurs et procurera donc LA POSITION permettant de créer la vitesse verticale nécessaire à la composition de la trajectoire. (Consultez pédasaut5)

On comprend alors tout le parti que le sauteur peut tirer d'une course à dominante cycle antérieur (traction) où la cinétique du retour au sol pied-jambe est orientée (d'avant en arrière et de haut en bas) pour produire la réaction attendue en saut (d'arrière en avant et du bas vers le haut), et d'autre part contribuer au gainage qui empêche le bassin de passer en antéversion lors de la prise d'avance, et maintien la ligne d'impulsion qui doit passer par le bassin et le tronc.

Si les trois derniers appuis sont capitaux en ce sens que c'est entre l'antépénultième et l'avant dernier que l'abaissement se produira pour justement permettre au sauteur, relativement bas sur cet avant dernier appui, de prendre une avance en translation avec le pied d'appel, l'avant dernier appui aura un rôle extrêmement important. Rôle qui a incité Jacques PIASENTA à le qualifier de "jambe de force " (in l'Education athlétique, collection entraînement, éditions INSEP, page 79, Paris, 1988).

Cette jambe doit à la fois

L'importance de cette jambe de force ne doit pas nous faire oublier que la jambe d'appel devra rechercher le sol le plus vite possible et fournir une percussion d'une très grande puissance. Cette percussion sera renforcée par la projection vers l'avant et le haut du genou de la jambe de force devenue segment libre.

Le secteur d'impulsion commence donc dès que l'antépénultième appui quitte le sol. La jambe d'appel revenant se placer très vite sur la planche sans élévation trop prononcée de façon à réduire le trajet du pied d'appel et à gagner en vitesse de déplacement

Caractéristiques de cette fin d'élan :

L'appel

croquis 1

Il doit communiquer au sauteur la plus grande vitesse d'envol possible selon un angle approprié qui est ici d'environ 20°.
Lors de l'appel, l'alignement des segments et le gainage du bassin sont indispensables pour une bonne transmission des forces et pour une hauteur d'envol optimum. Le grand axe du corps est ouvert à environ 80° par rapport à l'horizontale.

Outre la projection du genou de la jambe libre on note également celle du membre supérieur opposé avec une fixation à hauteur des épaules, le tout dans le triple but :

  • -d'accroître, par le principe d'action - réaction, la charge sur la jambe d'appel et ainsi favoriser la réaction des extenseurs,
  • -d'élever le centre de gravité du sauteur et d'améliorer ainsi la hauteur d'envol,
  • -de transférer leur moment d'inertie à l'ensemble du corps lors de la fixation qui intervient pour limiter leur (genou libre et bras opposé) projection vers le haut.

Mot d'ordre de cette phase : la tonicité dont le sauteur doit faire preuve, tant au niveau du pied - cheville d'appel, que de l'ensemble de la ligne d'impulsion : pied - jambe - hanche - tronc

A noter que la bonne gestion de la course d'élan qui libère le sauteur de toute relation oculo motrice avec la planche, lui permet de maintenir le segment libre tête convenablement orienté vers l'avant et non vers le bas ce qui pourrait "casser" la ligne d'impulsion.

3- Le franchissement

Puisqu'il s'agit d'un saut en portée, le franchissement se résume à la gestion de la suspension et à la création des comportements qui permettront, tout en gardant l'équilibre sur la trajectoire, de préparer la réception de façon à accroître cette portée.

Dans cette phase, on observe généralement une fixation du tronc qui d'ailleurs servira de point fixe virtuel autour duquel l'athlète, mobile multi-segmentaires en équilibre sur une trajectoire, pourra justement mobiliser ses segments libres. A noter que quel que soit le style adopté la tête reste également fixée.

Photo 1

Hormis le style dit en chaise (photo ci-contre), où l'athlète adopte dès la fin de l'impulsion une position "assise", par ailleurs très difficile à tenir musculairement compte tenu du poids des membres inférieurs, son objectif est de faire en sorte que sur la fin de la trajectoire les membres inférieurs soient le plus loin possible en avant pour assurer la plus grande portée.

Pour qu'il puisse effectuer cette "élévation antépulsion" des membres inférieurs au bon moment, il devra donc mobiliser les élévateurs de la cuisse sur le tronc ce qui entraînera une fermeture du tronc sur les cuisses (principe d'action réaction d'un corps en équilibre sur une trajectoire), attitude caractéristique de la réception. (voir photo 2 ci-dessous, chapitre sur la réception).

Comme l'athlète n'a pas de point d'appui à l'exception du point d'appui virtuel acquis par la fixation du tronc, cette action ne pourra être effectuée que si les fixateurs du tronc (grands droits) et les élévateurs de la cuisse sont préalablement étirés, ce qui introduira le style dit en pédalage extension ou, si les membres inférieurs sont mobilisés, ce qui introduira les styles :ciseau simple extension ou double ciseau.

 

croquis 2

Pédalage extension

Pour mettre les grands droits sous tension l'athlète va, au sommet de sa trajectoire, relâcher la contraction du psoas qui assurait la pénétration vers l'avant du genou de la jambe libre (5ème image ci contre). Ce relâchement fera donc osciller cette jambe libre vers le bas et l'arrière, ce qui entraînera, selon le principe d'action réaction, une extension du haut du tronc (6ème image). D'où un étirement des grands droits et des psoas, ce qui les met sous tension. A partir de là (étirement - contraction), il est possible de les contracter vigoureusement (grands droits et psoas travaillent en synergie de fermeture) pour antépulser et élever les jambes.

 

croquis 3

Double ciseau

Ici, l'athlète débute la mobilisation des membres inférieurs très tôt après l'impulsion. Toujours en s'appuyant sur le point fixe virtuel tronc bassin il mobilise en même temps les deux membres inférieurs, la jambe libre venant vers l'arrière puis vers l'avant (jambe libre en gras sur le croquis ci-contre) alors que la jambe d'appel (principe d'action réaction) fait le trajet inverse. Les deux masses inférieures s'équilibrant, les membres supérieurs sont malgré tout mobilisés en circumduction arrière - haut - avant pour annuler les rotations crées lors de ce ciseau.

L'accélération du retour de la jambe d'appel, possible par la mise en extension des psoas due à la rétropulsion de la cuisse, permet l'antépulsion élévation des deux jambes.

Ces deux croquis sont tirés de l'article de Raphaël BERENGUER : Le saut en longueur, in AEFA

4 - La réception

photo 2

Le sauteur arrive au sol en fermeture prononcée tronc sur cuisse de façon à reprendre contact avec le sol le plus loin possible. Cette fermeture, suite logique de l'extension - flexion, amène par réaction les bras en rétropulsion.

A l'instant du contact, le sauteur est toujours doté d'une grande énergie potentielle. Située sur la trajectoire descendante, la direction de cette énergie est oblique par rapport au plan de contact. Cette vitesse à dominante horizontale permettra, grâce à une flexion des jambes et à une antépulsion des bras, le passage du poids du corps au-dessus des appuis, même si ceux-ci, sans adhérence, continuent à progresser vers l'avant en glissant dans le sable.

Le sauteur peut donc ainsi ne pas reprendre contact avec les fessiers ce qui pénalise la longueur du saut. Pour la même raison, il doit faire attention à ce que ses mains ne touchent pas le sol en revenant vers l'avant.

Sur les photos ci contre tirées de : Les enjeux de la course d'élan, F.AUBERT, in Revue EPS N°241, mai juin 1993, on peut observer que la fermeture complète est intervenue précocement et que le sauteur ne pouvant pas la maintenir, reprend contact avec un angle jambes sol un peu trop ouvert.

 

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