Généralités des Sauts

Les épreuves de la famille des sauts sont classées selon :

Il s'agira :

Concernant la conduite réglementaire on notera au moins un point commun à ces quatre activités : l'appel UNIPODAL.

Concernant l'optimisation des actions visant à l'obtention de la meilleure performance, on notera également un point technique commun : l'exigence d'une très forte régulation de la course d'élan tant dans son déroulement spatial, pour respecter le point d'impulsion ou de percussion idéal, que dans son intensité de façon à pouvoir créer, avec la composante verticale, l'angle d'envol approprié.
De part la rigueur de sa réglementation, l'athlétisme est une activité psycho-motrice de type fermée (CF analyse de l'activité dans la proposition de démarche didactique, page d'accueil). Cette typologie est particulièrement évidente dans les concours, et réelle dans la plupart des courses. A la perche, on verra que la relation au butoir est primordiale. Dans les sauts en portée, la relation à la planche l'est tout autant pour l'obtention d'une performance puisque c'est à partir d'elle que l'on mesure la longueur du bond. D'où la nécessité de prendre une impulsion à la limite de l'espace autorisé.

Par similitude avec la famille des lancers, on peut considérer l'athlète comme un ENGIN qui :

L'athlète étant assimilable à un engin, il convient de consulter les généralités des lancers en leur apportant toutefois les précisions suivantes :

 

La performance dépendra :

de la portée de la trajectoire : Longueur et Triple-saut,
ou de sa flèche : Hauteur et Perche.

trajectoire, qui comme dans les lancers, dépendra de la vitesse d'envol, de l'angle d'envol, et à un degré moindre, de la hauteur d'envol, auxquels il faudra, dans les sauts, ajouter :

Sur le plan balistique, la trajectoire sera la résultante d'une force horizontale, la vitesse de l'élan, et d'une force verticale, l'impulsion. Les exercices élémentaires de géométrie plane qui concernent la construction de parallélogrammes à l'aide de deux vecteurs différemment orientés, dont l'un représente la vitesse horizontale (Vh) et l'autre la vitesse verticale (Vv), permettent de modéliser les angles d'envol tels qu'il est souhaitable de les obtenir dans chacun des sauts. On comprend alors aisément que plus on veut une portée longue, plus la composante verticale doit être faiblement ouverte et/ou plus la composante horizontale doit être élevée, l'inverse étant vrai pour obtenir une flèche importante.

Comme l'athlète est en mouvement, la difficulté majeure tient dans l'adéquation parfaite du temps de déclenchement de la composante verticale par rapport à la situation du centre de gravité qui est en progression constante et rapide.

Le vocable anglo-saxon de "timing" est parfaitement approprié pour évoquer cet "instant d'impulsion optimum", car :

Les lecteurs qui auraient du mal à interpréter les trois alinéas ci-dessus peuvent imaginer ce que doit faire un chasseur qui voit un volatile arriver droit devant lui à 30m de haut. Si le chasseur veut abattre cette proie, il doit tirer devant l'oiseau de façon à ce que : dans l'espace et dans le temps, les plombs et l'oiseau se retrouvent au même point de l'espace au même moment. Si le chasseur visait l'oiseau, le temps de parcours des plombs ferait qu'ils arriveraient dans le point de l'espace occupé par l'oiseau au moment du tir bien longtemps après que ce dernier l'ait dépassé. Il faut donc bien comprendre:

- que le bassin progresse toujours sur la vitesse acquise et que l'instant T d'application de la Vv, pour les sauts à dominante verticale, doit être exactement celui du passage du bassin au dessus de la verticale, et qu'il faut donc déclencher Vv bien avant le passage du bassin au dessus du dernier appui

- ou un peu plus tard, pour les sauts vers l'avant, lorsque le bassin se rapproche de la verticale du pied d'appel pour obtenir une flèche moins élevée.

Bien souvent la compétence à déclencher une composante verticale est liée à la capacité de discrimination de l'athlète; c'est à dire à l'analyse qu'il peut porter sur son propre comportement; son déplacement, sa situation dans l'espace..., d'où là encore l'importance de la notion de vitesse utile, concept qui, rappelons le, s'énonce ainsi : vitesse maximale (et non maximum) d'un individu qui lui permet de discriminer ses actions et d'entreprendre les conduites nécessaires à la poursuite du but fixé.

Ainsi, si un athlète vaut 11" au 100m, il lui sera impossible de prétendre faire une bonne impulsion en longueur s'il arrive à cette vitesse sur la planche car alors toutes ses mobilisations segmentaires sont orientées pour produire le maximum de vitesse à dominante strictement horizontale avec la trajectoire la plus basse possible (CF l'analyse du sprint chapitre sur le centre de gravité.) Il sera donc incapable, à cette vitesse, de réorienter son ultime action au sol pour obtenir une composante verticale nécessaire à une trajectoire plus ouverte exigée en longueur. Il devra donc arriver sur la planche avec une vitesse moins élevée, vitesse utile qui lui permettra de modifier son comportement de coureur en comportement de sauteur. Par déduction, on comprend que chez les débutants les comportements de la phase de liaison course - impulsion et les actions mêmes de l'impulsion ne peuvent être assimilés que si la vitesse horizontale ne dépasse pas leur niveau de discrimination. Il y aura donc une constante adaptation entre appropriation des éléments de la liaison course - impulsion et acquisition d'un niveau d'habileté supérieur exigeant un accroissement de la vitesse horizontale, et donc une nouvelle adaptation de la conduite d'impulsion à cette nouvelle vitesse d'approche.

 

L'analyse descriptive de chaque saut comprend quatre parties :

  1. L'élan,
  2. La liaison course-impulsion,
  3. Le franchissement de la barre et/ou de l'espace,
  4. La réception.

1- Généralités sur la course d'élan

L'élan est identique à la phase préparatoire des lancers puisque son rôle consiste à communiquer au sauteur une vitesse utile orientée. Au cours de cette phase, il convient que le sauteur soit pleinement assurer des conditions futures de la liaison course-impulsion. Autrement dit, il doit donc être certain que l'espace à parcourir pour sa prise d'élan le conduira exactement là où il doit produire son impulsion. Ce faisant, il sera alors tout à fait dégagé d'éventuelles contingences liées à une régulation / adaptation oculo-motrice du dernier instant pour optimiser l'endroit de l'impulsion (longueur, triple, hauteur), ou le déclenchement du présenter de Perche. Il pourra ainsi se consacrer entièrement aux comportements qui doivent lui permettre justement de créer, au bon moment, la vitesse verticale adéquate.

Pour nous, la course d'élan est un espace-temps qui va de la mise en action au moment où l'athlète prépare la liaison course-impulsion qui est une phase éminemment spécifique; voir ci-après le début du chapitre sur la liaison course-impulsion.

On conçoit alors l'importance d'une excellente régulation spatiale de la course d'élan lorsqu'il s'agit d'optimiser la performance laquelle dépendra pour partie de l'endroit de l'appel soit par rapport :

La régulation de la course demande donc un entraînement spécifique qui permet de déterminer d'une façon extrêmement précise : la vitesse maximum appropriée, une marque de départ, une ou des marques intermédiaires. Marques qui sont souvent remises en cause soit par un état particulier de l'athlète : fatigue, surexcitation, soit par les conditions atmosphériques : froid, vent, pluie...

Puisque la course d'élan doit également permettre la préparation de la liaison course-impulsion, il convient que le sauteur soit parfaitement assuré du bon déroulement de sa course de façon à pouvoir être disponible pour préparer ce temps fort du saut; d'où l'usage des marques intermédiaires qui en cas de respect confirment que la suite peut se dérouler normalement, ou, en cas de non-respect, appellent une remédiation toujours source d'ajustements préjudiciables à la performance.

Résumé : la détermination de la vitesse utile sera, avec le respect des marques d'élan (mais les deux sont interdépendantes), l'une des composantes essentielles de cette phase.

2- Généralités sur la liaison course-impulsion.

La liaison course-impulsion ne concerne pas uniquement que ce qui se passe lors de l'appel. En effet, cette liaison fort complexe dans son déroulement spatio-temporel sera, pour partie, le résultat de ce qui aura, ou n 'aura pas, été fait :

Au cours de cette phase on observe, dans un plan sagittal, une modification des relations spatiales entre appuis - bassin - épaules qui conduit à une prise d'avance en translation : relativement plus faible en Triple qu'en Longueur, qu'en Perche et qu'en Hauteur où elle sera la plus prononcée. En Hauteur et selon les styles de franchissement on observera également une prise d'avance en rotation selon des axes et plans qui dépendront de chacun des styles. CF analyse de la Hauteur
En perche, ce sera le rapport perche - sauteur (le présenter) qui sera, dans le même temps, modifié.

Comme expliqué dans le chapitre sur les prises d'avance, ce léger abaissement du C de G n'est pas synonyme de ralentissement, ni d'affaissement; d'où le rôle extrêmement important dans les sauts de l'avant dernier appui que Jacques PIASENTA qualifie de "jambe de force " (in l'Education athlétique, collection entraînement, éditions INSEP, page 79, Paris, 1988). C'est en effet cet appui qui devra  replacer le bassin sur une trajectoire ascendante et en accélération constante. A l'évocation du dynamisme et du rôle de cet appui, on imagine aisément ce que devra être la mobilisation et l'action de la jambe d'appel pour qu'elle puisse, à son tour, déclencher une impulsion à la fois complète, extrêmement puissante et convenablement orientée.

3- Généralités sur le franchissement.

Lors de la phase d'envol, il faut garder en mémoire que selon le principe de conservation de l'impulsion, l'athlète subira les résultantes des actions créées lors de l'impulsion dont de nombreuses résultantes de rotations.

Dans les sauts en "portée" la résultante à exploiter sera à dominante translation. Dans les sauts en "flèche", où la recherche de la performance exige une économie du geste (centre de gravité le plus près possible de la barre; voire même, une résultante des centres de gravité partiels virtuellement en dessous du plan de la barre), la maîtrise (amplification ou annulation) des moments d'inertie en rotation sera recherchée. CF analyse de chaque spécialité.

Dans tous les sauts, l'athlète est assimilable à un engin multisegmentaires (segments libres) qui se déplace en équilibre sur une trajectoire. Il lui sera toujours possible de mobiliser un ou plusieurs segments libres en s'appuyant sur un point fixe virtuel : son centre de gravité. Mais il ne pourra le faire qu'en respectant le principe de la mobilisation contro - latérale sinon il créera un déséquilibre.

4- Généralités sur la réception

Dans les sauts en "portée", toutes les actions propices à la réalisation de la meilleure performance auront été créées dans la phase précédente. La réception n'est plus qu'une phase de reprise de contact au cours de laquelle tous les éléments doivent être mis en œuvre pour optimiser la performance en respectant les règlements.

L'angle que feront les jambes avec le sable à la reprise dans le bac à sable sera déterminant pour la performance et pour que l'athlète puisse repasser au-dessus et en avant de ses appuis.

Dans les sauts en "flèche" la réception revêt une importance capitale au regard des problèmes d'intégrité corporelle que peuvent risquer d'entraîner soit le style de franchissement (Fosbury), soit la hauteur du saut (perche).

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