Généralités sur la famille des Lancers

Avertissement : toutes les descriptions concernent un lanceur droitier.

Classification : Les quatre lancers athlétiques appartiennent à deux grandes catégories :

Les lancers à dominante rotation et les lancers à dominante translation. Nous employons le qualificatif de dominante, car, comme nous le verrons, tous les lancers font appel à ces deux actions que sont la rotation et la translation.

Chaque dominante concerne particulièrement un lancer léger et un lancer lourd (si l'on se réfère à la masse de l'engin) ; marteau et disque pour les lancers en rotation (il convient avec la nouvelle technique en rotation d’y inclure également le poids) poids et javelot pour les lancers en translation.

Par ailleurs, les lancers légers : disque et javelot, appartiennent à la catégorie des engins planeurs.

Les éléments d'analyse biomécanique

I - Notion de prises d'avances

Tous les lancers feront appel, à un moment ou à un autre de leur exécution, aux compétences spécifiques qui permettront d’obtenir soit :

 

II - Déroulement chronologique d'un lancer

Pour faciliter l’analyse, nous conviendrons de découper chaque lancer en trois phases précises qui se succèderont dans le temps et dans l’espace :

  1. La phase d'animation, dite d’acquisition d’une vitesse utile pour l’ensemble corps-engin, qui est suivie de
  2. La phase de réalisation ou de construction du geste, qui doit assurer l’essentiel de la vitesse d'envol, ainsi que l'angle d'envol, et de
  3. La phase finale, qui doit assurer essentiellement la hauteur d’envol, et participer à l’angle d’envol.

III - Notion d'étages

Dans chacune de ces trois phases, nous identifierons les actions motrices des trois étages que sont :
l'étage moteur : les appuis,
l'étage de transmission : le bassin et la colonne vertébrale,
l'étage de réalisation : les épaules et le, ou les bras.

IV - Notions de biomécanique

L'acte moteur complexe que représente un lancer exigera l'acquisition et le respect d'un certains nombres de compétences propres et spécifiques qui font l'objet d'une analyse précise pour chacune des activités de lancer, comme d'ailleurs pour toutes les activités des familles Courses et Sauts. Quant à la performance elle sera régie par trois principes qui sont :

  1. le principe de la force initiale.
  2. le principe du chemin d'accélération optimale.
  3. le principe de la conservation de l'impulsion.

La cinématique du point mobile détermine que, dans le vide, la distance qu'il parcoura sera fonction principalement du carré de sa vitesse d'envol et de son angle d'envol, celui-ci étant optimum pour une valeur de 45°.
Si, dans les conditions où les lancers subissent les
forces externes, l'angle d'envol sera fonction des engins et de leurs caractéristiques aérodynamiques, la vitesse d'envol demeurera l'élément clef de la performance. (Référence :Principes de mécanique en athlétisme, G DYSON, Vigot, Paris, 1985)

A signaler que la hauteur d'envol entrera également en ligne de compte. Nous allons donc examiner successivement ces trois points
.

A - Commençons par les éléments à prendre en compte pour tenter de créer et communiquer à l'engin la plus grande vitesse d'envol possible. Celle-ci dépendra de :

  1. La quantité des forces
  2. La qualité des forces
  3. L'orientation des forces
  4. L'enchaînement des forces
  5. La durée d'application des forces

G Dyson (op cite) citant les études du professeur AITKEN de l'université d'Edinburg a démontré que parmi les trois composantes de la trajectoire la vitesse d'envol est l'élément le plus important.

B - Continuons par l'angle d'envol qui sera la deuxième composante importante pour l'obtention d'une bonne performance.
En effet, comme nous ne lançons pas dans le vide, où nous savons que l'angle d'envol idéal est de 45°, nous devons, en fonction des forces externes et des lois de l'aérodynamique, définir le meilleur angle de trajectoire pour chaque engin.

·  au marteau, il semble que l'angle idéal varie entre 42 et 40°, car l'engin subit peu les influences du vent relatif, et que d'autre part, cet angle est tout naturellement celui que suivra l'engin entre son dernier point bas et le lâcher. (CF Analyse descriptive du Marteau)

au poids, l'angle sera compris entre 38 et 40°, la hauteur d'envol intervenant pour rectifier les effets de cette légère perte angulaire par rapport au marteau.

au disque, engin planeur, l'angle sera d'environ 33°; l'angle d'incidence variant avec l'orientation et la force du vent, ainsi qu'avec la puissance du lanceur.

au javelot, depuis que la réglementation a réintroduit des engins beaucoup moins planeurs, des études récentes tentent d'accréditer des valeurs de l'ordre de 40° (Référence : L'ancien et le nouveau javelot, DIDENS, PEETRONS.in The Throws. éd AEFA, 1987).

Pour la connaissance historique de l'activité rappelons que les javelots dits planeurs devaient être placés selon un angle d'incidence très peu ouvert et un angle d'attitude négatif, sinon la prise au vent était telle que l'engin montait à la verticale et retombait sur la queue.

La recherche de ces constituants de la trajectoire que sont la vitesse, l'angle et la hauteur d'envol ne seront réalisables que si l'athlète est capable de prendre des attitudes qui permettront de lier efficacement toutes les actions nécessaires à leur optimisation. Ces attitudes sont appelées dans les activités de concours (sauts et lancers) les avances qui sont de deux natures :

Les avances en rotation

Les avances en translation

C - En ce qui concerne la hauteur d'envol

De ces trois premiers points, c'est certainement celui qui a la plus petite influence sur la trajectoire.
G Dyson (op cite) citant les études du professeur AITKEN de l'université d'Edinburg donne plusieurs exemples de lancers de poids effectués selon les trois variables : vitesse, angle, hauteur. Parmi les nombreux exemples on peut citer celle où la vitesse est constante à 13,10 m/sec ainsi que l'angle d'envol à 35°, alors que la hauteur varie:

Avec une hauteur d'envol de 1,97m, la performance est de 19,01m
Avec une hauteur d'envol de 2,13m, la performance est de 19,17m
Avec une hauteur d'envol de 2,44m, la performance est de 19,50m

D - Autres variables

Concernant les lancers des engins planeurs : disque et javelot, trois autres éléments sont à prendre en compte ; il s'agit :


V - L'allongement du chemin de lancement, source de l'évolution des techniques

Sans remonter jusqu'aux périodes où les lancers s'effectuaient sans aucun élan, il suffit de partir des années 50 où tous les élans du poids et du disque étaient pris de profil pour suivre l'évolution des techniques.

Au Poids

Le déplacement était assuré par un sursaut latéral aidé d'une violente abduction de la jambe libre vers le butoir; celle-ci étant parfois, au préalable, mise en action par une large circumduction.

Pour augmenter le chemin de lancement O'BRIEN eut l'idée de tourner le dos à l'aire de réception, mais on ne peut pas dire qu'il faisait un lancer de dos selon les conceptions d'aujourd'hui, car pendant le sursaut il exécutait une rotation à 90° qui l'amenait de profil lors du double appui. Depuis les lanceurs se sont efforcés d'arriver les épaules toujours de dos au double appuis et surtout de maintenir le tronc relativement incliné afin de pouvoir mettre en action toute la musculature dorso-lombaire.

Depuis quelques années, sous l'impulsion de BARYCHNIKOV on assiste à une évolution vers le lancer en rotation.

Au Disque - Le même départ de profil, qui imposait un lancer strictement en rotation car le lanceur ne disposait plus que d'un demi-cercle pour effectuer sa volte, a laissé place au départ de dos augmentant ainsi considérablement le chemin de lancement, puisque le lanceur a tout le cercle (2,50m) pour progresser en translation rotation.

Au disque comme au poids, il est certain que la limitation de l'espace moteur au regard du gabarit des lanceurs et de leur facilité d'animation du complexe lanceur-engin (faible masse du disque) fait qu'ils ne peuvent pas acquérir toute l'accélération dont il serait capable dans un autre contexte.(plateau de 3m de diamètre par exemple).

Au Javelot Dans ce lancer, l'évolution de la phase préparatoire a été plus diversifiée :

Au début le lanceur en bout de piste partait avec le javelot coincé sous l'aisselle, bras allongé vers l'arrière et vers le bas, bras en rotation interne complète...lors de la dernière suspension il effectuait une rotation externe du bras pour dégager l'engin et amener la main au-dessus de l'épaule.

L'engin fut ensuite tenu au-dessus de la tête, le lanceur, au passage sur la marque de déclenchement, envoyait le bras vers l'avant puis vers le bas (il passait au ras de la cuisse) pour enfin remonter vers l'arrière. Inutile de préciser les "acrobaties" nécessaires au niveau de la manipulation l'engin.

Sur la photo ci-contre le lanceur qui utilisait ce style est en train de remonter le bras vers l'arrière.

WEIMAN (Allemagne)

 

 

Puis, toujours tenu au-dessus de la tête, le javelot fut successivement descendu sur le côté (en fait il se retrouvait directement comme sur la photo ci-dessus sans être passé par l'avant du lanceur) et l'arrière pour être remonté.

puis directement descendu d'au-dessus de la tête vers l'arrière.

NIKKANEN (Finlande)

 

 

Aujourd'hui, l'engin, tenu au-dessus de l'épaule porteuse, y est maintenu (on verra même que l'athlète doit avoir la sensation de le soulever), et c'est tout le reste du corps qui se place, par accélération des étages inférieurs par rapport au javelot. Cette modification peut sembler mineure, portant elle est lourde de signification dans le sens ou, enfin, l'une des compétences spécifiques la plus importante de ce lancer est respectée; c'est à dire le fait de prendre des avances en translation par un déplacement plus rapide du bas; donc par une accélération, démarche essentielle dans tous les lancers mais principalement au javelot où l'espace moteur est le plus long.

A travers l'énumération des techniques anciennes où s'était le javelot qui était déplacé, on mesure toutes les occasions qui étaient offertes de sortir l'engin de l'axe idéal du lancer alors qu'actuellement il ne bouge pas de cet axe puisque ce sont les différents étages qui doivent se déplacer par rapport à l'engin. Quoiqu'il en fut des techniques dans le passé, les meilleurs lanceurs arrivaient toujours en fin de placement à retrouver un engin loin, main en supination au-dessus de l'épaule porteuse et parfaitement dans l'axe.

Une des évolutions les plus importantes a été introduite par SIDLO qui porta une attention toute particulière à ce que ses appuis gardent une attitude et une dynamique course, alors que les lanceurs de l'époque effectuaient tous un "pas croisé final" qui amenait le dernier droit à se " planter " perpendiculairement à la direction de la progression, ce qui de toute évidence freinait la continuité de la translation. Poser cet appui au moins à 45° comme il le préconisait autorise par contre l'action immédiate de l'appui droit pour assurer la continuité de la translation du bassin et la sortie de hanche (avance en rotation) la chaîne osseuse inférieure étant alors en position articulaire pour travailler vers l'avant, contrairement à ce que l'on observe lors d'un "pas croisé".

En juillet 1958, introduite par le lanceur espagnol SALCEDO invité aux championnats de France d'athlétisme, on a pu assister à la première tentative de lancer en rotation, vite interdite, car elle était trop antinomique avec la finalité originelle du javelot : la précision; cette forme de lancer se révélant également trop dangereuse pour les spectateurs...

Au marteau L'évolution majeure a consisté en l'accumulation des tours qui amena certains lanceurs vifs et habiles à en réaliser cinq.


VI - LE ROLE DE LA TETE

Chacun sait que la vision est l'un des éléments essentiels de l'équilibration, l'oreille interne jouant également un rôle majeur, ainsi que les proprio-récepteurs de la nuque et du cou.(Référence : Physiologie du système nerveux central. MORIN, éd MASSON, 1974, chapitre 3 page 91). La position du segment tête conditionnera donc les apprentissages chez le débutant pour qui l'équilibre du corps sera un des éléments fondamentaux de la conduite motrice.

A titre d'exemple on peut citer le disque, où une grande partie des défauts constatés trouvent leur origine dans une anticipation angulaire de la tête lors de l'entrée dans la volte. De même, au poids, le maintien du regard et donc de la tête dans la direction arrière du déplacement sera un facteur de réussite du maintien de la fermeture des épaules. Enfin au javelot, où l'orientation du regard vers l'avant favorisera le maintien de l'engin dans l'axe du lancer.

Par contre, lors de la phase de réalisation, et juste après le début de l'action de jambe droite (poids disque marteau), le placement rapide de la tête au face-avant favorisera le retour actif de l'étage de réalisation et permettra d'obtenir un point fixe-avant qui servira de référence aux actions finales.

Toutefois, si le rôle des perceptions extéroceptives et des sensations proprioceptives, propres à la situation du segment céphalique, est important, cela ne signifie pas que les conduites motrices doivent entièrement être régulées à partir de ces seules informations. Bien au contraire, il sera nous semble-t-il plus important d'obtenir une régulation de la conduite à partir des données proprioceptives.

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