Quels objectifs de course en durée ou en distance peut-on proposer en Collège ?

A titre d'exemples, voici deux évaluations proposées à des élèves de Collège : l'une réalisée durant les années scolaires 1975-1976 et 1976-1977, l'autre en 1977-1978.

Ces évaluations terminaient un cycle d'endurance de dix semaines à raison d'une heure de travail par semaine dans un environnement extrêmement favorable (forêt balisée dans le cicuit des 24h du Mans). Quant à l'évaluation elle était organisée sur notre plaine aménagée EPS autour d'une boucle de 1 km, balisée tous les 50m, plate et d'une parfaite visibilité.

Commentaire: Ces deux évaluations réalisées sur l'ensemble des classes du premier cycle du second degré se voulaient ne faire appel qu'à la capacité aérobie fondamentale, cadre dans lequel nous avions programmé les durées et intensités des séquences de travail. Nous rappelons que la notion de capacité aérobie n'était alors pas très connue du milieu de l'EPS scolaire.
Ces deux exemples, et surtout le second, ne sont exposés que pour démontrer ce que l'on pouvait obtenir sans contrainte des élèves dans des conditions de travail et de motivation favorables.

Première forme d'évaluation

Elle se présentait sous la forme d'un inter-classes d'endurance avec un temps de course imposé selon le niveau de classe : 18' en 6ème, 24' en 5ème, 30' en 4ème et 36' en 3ème. Consigne: maintenir un déplacement couru, la marche étant éliminatoire.
Chaque participant qui terminait sans avoir marché apportait 50 points à sa classe, auxquels s'ajoutait le nombre de points inversement proportionnel à son classement. Par exemple, avec 90 élèves au départ, le premier marquait 50 points pour avoir réalisé la course sans arrêt et 90 points de classement, le second 50 plus 89 et ainsi de suite. L'ensemble des points récoltés par la classe était divisé par le nombre d'élèves au départ ce qui donnait un indice-classe permettant le classement. Voici le tableau des résultats où l'on remarque que la mixité, commencée en 6ème en 1975, a été étendue aux autres classes en 76.

Année

75/76

76/77

75/76

76/77

75/76

76/77

75/76

75/77

Classes

6ème

6ème

5ème

5ème

4ème

4ème

3ème

3ème

Durée de course

18'

18'

24'

24'

30'

30'

36'

36'

Année

75/76

76/77

75/76

76/77

75/76

76/77

75/76

75/77

n d'élèves

98

98

75

102

85

92

91

79

Résultats des 1er

 

 

 

 

 

 

 

 

distance réalisée par
le premier

4.210m

4.080m

5.600m

5.550m

6.950m

7.000m

8.200m

8000m

Réduction kilométrique
du premier

4'16

4'24

4'17

4'18

4'18

4'16

4'23

4'30

Vitesse moyenne
du premier

14 km/h

13,6 km/h

14 km/h

13,9 km/h

13,9 km/h

14 km/h

13,7 km/h

13,3 km/h

Moyennes brutes
de tous les élèves

 

 

 

 

 

 

 

 

distance moyenne

3.400m

3.275m

4.325m

4.450m

5.550m

5.400m

6.650m

6.625m

Réduc kilo

5'17

5'29

5'33

5'24

5'24

5'32

5'24

5'26

Vitesse moyenne

11.3km/h

10,9 km/h

10,8 km/h

11 km/h

11,1 km/h

10,8 km/h

11,3 km/h

11 km/h

Résultats du denier

 

 

 

 

 

 

 

 

distance dernier garçon

2.990m

2.790m

3.500m

3.650m

4.320m

4.150m

5.000m

5.500m

distance dernière fille

2.750m

2.650m

pas de fille

3.250m

pas de fille

4.000m

pas de fille

5.750m

réduc kilo dernier garçon

6'01

6'27

6'51

6'33

6'57

7'14

7'16

6'32

réduc kilo dernière fille

6'32

6'50

 

7'20

 

7'30

 

6'16

Vitesse du dernier garçon

9,9 km/h

9,3 km/h

8,8 km/h

9,2 km/h

8,6 km/h

8,3 km/h

8,2 km/h

9,2 km/h

Vitesse de la dernière fille

9,2 km/h

8,8 km/h

 

8,2 km/h

 

8 km/h

 

9,5 km/h

Abandon par arrêt

0

0

1

0

2

5

2

0

Commentaires : On constate une certaine homogénéité d'allure pour les premiers des classes de 6, 5 et 4 et un décrochement marqué en 3ème.
Pour les distances moyennes brutes, nous avons additionné les distances parcourues par toutes les classes d'un même niveau et divisé ce total par le nombre d'élèves arrivés; pour la réduction kilométrique moyenne : additionné tous les temps de courses de tous les élèves d'un même niveau de classes et divisé par le nombre total de kilomètres parcourus, et pour la vitesse moyenne : additionné le nombre de kilomètres divisé par le total des temps de course.

Ainsi, d'une réduction kilométrique de l'élève moyen comprise dans la fourchette 5'17 en 6ème en 1975 et 5'33 en 5ème la même année, ce qui donne une vitesse moyenne comprise entre 11,3 et 10,8km/h, on peut tirer des indications pour les allures moyennes de travail au moins lors des premières séances collectives tant qu'il n'y a pas la mise en place d'allures différenciées, comme cela se pratique désormais.

Critique : Cette évaluation qui voulait sanctionner un travail de type aérobie était faussée par le fait que, pour maintenir une certaine motivation, nous annoncions le décompte de la durée de course ce qui amenait, au cours des dernières minutes, les meilleurs à adopter une allure de type anaérobie lactique, en vue d'obtenir le meilleur classement possible.

Seconde forme d'évaluation :

En 1977/78, en pleine période de la pédagogie du contrat, nous avons lancé une formule qui proposait à l'élève de fixer lui-même son kilométrage-test en respectant deux contraintes : ne jamais marcher et s'arrêter uniquement à la fin d'une boucle complète (boucle de 1 km) de façon à ce que nous puissions prendre les pulsations et bien identifier le kilométrage parcouru. Les élèves disposaient d'une plage horaire d'un peu plus de deux heures pour réaliser le meilleur contrat possible. Bien entendu les professeurs des autres disciplines et certains parents vinrent renforcer l'équipe EPS afin de pouvoir prendre toutes les fréquences cardiaques et tous les temps de course de chaque élève; ce qui fut d'ailleurs rendu possible par les arrêts très échelonnés. Pour mesurer les distances, nous avions chacun une batterie de marqueurs feutre de différentes couleurs que nous avons commencé à utiliser après le troisième tour pour prévenir les risque de doublement... Les bras des meilleurs étaient donc très colorés en fin d'épreuve.

Le seul enjeu résidait donc pour l'élève dans l'accomplissement de son contrat, voire de son dépassement.

L'ensemble des résultats, graphiques des distances et des réductions kilométriques par classe, firent l'objet d'un article intitulé :"La course de longue durée chez l'enfant. Effort de type aérobie fondamental ? Si oui, selon quels critères ? , paru dans le bulletin de l'amicale des entraîneurs d'athlétisme au début de l'année scolaire 80/81. En voici un résumé sommaire :

 

distance moyenne garçon
distance du meilleur garçon
distance moyenne fille
distance de la 
meilleure fille

6eme

10,1 km
21 km pour une réduc
kilo à 5'20
7,4 km
15 km

5ème

12,3 km
21 km pour une réduc
kilo à 5'05
9 km
18 km

4ème

12,3 km
20 km
7,3 km
18 km

3ème

11,5 km
20 km
7,2 km
15 km

Commentaires Compte tenu de l'importance des distances parcourues, du "contrat" qui ne concernait que chaque élève, et de l'absence de classement inter-classes, on peut être assuré que cette évaluation garantissait bien un recours au seul système aérobie.
L'étude des réductions kilométriques démontrait que plus on va loin, plus on y va vite, (5'05 et 5'20 pour 21 km et entre 7'40 et 7'30 pour les élèves qui ne firent que 4 km); ce qui corroborait les concepts d'économie de course (travail en capacité aérobie) pour les élèves à fort potentiel aérobie..

La prise de pouls à la carotide n'avait pas la précision des enregistrements d'aujourd'hui par cardio-fréquencemètres, et nous savons que dès l'arrêt de l'effort le rythme cardiaque commence à baisser; l'erreur fut toutefois relative pour tous les coureurs. Dans le cadre de cette imprécision nous avons pu constater que 88 % des élèves avaient une fréquence cardiaque supérieure à 165 par minute. Nous étions alors bien loin des 130 puls/mn, critère conseillé dans ces années là pour le travail en endurance fondamentale des scolaires.

Anecdote : Le plus faible de mes élèves de quatrième n'arrivait pas à tenir la réduction kilométrique de 6' qui lui était demandé lors des séances d'EPS alors que l'allure moyenne de la classe tournait autour de 5'30. A chaque séance de travail, au bout de 10' de course il était loin derrière le groupe. Je devais donc constamment revenir vers lui pour le soutenir et souvent arrêter le groupe afin d'en refaire l'unité. D'où, en ce qui le concernait, un pronostic pessimiste pour l'évaluation des 4ème...A ma grande surprise cet élève parcourut 12 km sans s'arrêter selon une réduction kilométrique de 5'45. Belle illustration et exploitation du concept de capacité aérobie c'est à dire du pourcentage de la PMA que l'on peut mettre en œuvre en fonction de la durée; encore appelé Vitesse limite à temps limite ou encore Train Maximum Imposé (TMI). Ce qui signifie qu'à 5'30 au kilomètre il était en vitesse sur critique alors qu'à 5'45, soit 5% moins vite, il était dans une allure aérobie. Autrement dit quand l'allure imposée exigeait 1000m en 5'30, lui ne pouvait en faire que 965 dans le même temps, dans les faits la différence ne semble pas si importante mais pour lui c'était insurmontable.

Conclusion

L'expérience m'a enseigné qu'il existe deux types d'obstacles à franchir par le jeune élève débutant lors du travail aérobie:

- le premier d'ordre physiologique est celui de l'adaptation à l'exercice et notamment de l'adaptation respiratoire. Cette étape passe par l'appropriation et la gestion des principes de la respiration en cours d'effort de durée. Il faut donc être capable de dépasser les cinq premières minutes de course, afin de ressentir et de dominer les effets de l'adaptation à l'exercice. Ceci intéresse alors tout particulièrement les débutants Comprendre que nous ne disposons que d'une seule entrée-sortie pour assurer la ventilation, comprendre qu'il faut d'abord expirer avant d'inspirer, prendre conscience que la physiologie respiratoire s'inverse à l'effort : de passive au repos, l'expiration devient active à l'effort alors qu'active au repos l'inspiration devient passive à l'effort...sont des savoirs fondamentaux pour les débutants.

- le second est d'ordre psychologique et concerne l'attitude mentale de l'élève face à la durée de l'effort; ainsi chacun a ses propres barrières qui peuvent être d'éprouver des difficultés à maintenir l'effort, d'abord au temps limite d'adaptation à l'effort (le fameux deuxième souffle) puis après 5',10', 15', 30' voire 1h.de course
Par expérience, et pour une grande majorité d'élèves chacune des étapes précitées exige une acceptation de la durée de l'exercice. Pour dépasser ces barrières souvent plus psychologiques que physiques, on peut soit jouer sur la répétition de parcours identiques qui permettent d'apprécier d'une séance à l'autre les progrès réalisés, soit au contraire éviter de refaire les mêmes parcours, certains ayant tendance à se fixer des limites en fonction des difficultés passées et des repères de parcours qui leur sont liés.

Il n'est certainement pas opportun de dépasser en cinquième des séquences de course dépassant les 30' d'un seul tenant dans le cadre de l'endurance fondamentale. De même qu'il faudra probablement se limiter à des séquences de 12 à 15' pour le développement de la capacité aérobie en quatrième-troisième.

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