Action - réaction

Principe fondamental de la motricité humaine issu de la physique newtonienne (3ème loi, selon laquelle toute action entraîne une réaction égale et de sens contraire). Cette loi demande toutefois une interprétation dans les activités humaines. En effet, la quantité d'énergie restituée sera fonction de plusieurs facteurs :

-qualité de la liaison sol-pieds :il est plus facile de prendre une impulsion sur une piste que dans une fosse de sable

-alignement de la chaîne d’impulsion

-liaison entre les différents étages : voirr étage moteur et étage de transmission

 - et que si certaines conditions sont réunies, telles que :, le bloc thoraco-abdominale (type de gainage spécifique de l'étage de réalisation), etc.

Cette loi peut être facilement illustrée par l'expérience suivante. Debout sur un pèse personne, il suffit de lever brutalement les deux bras pour constater que le poids initialement indiqué au repos est subitement augmenté. La balance a enregistré la réaction due à l'élévation des masses bras qui, transmise au centre de gravité, s'est traduit par un accroissement momentané du poids. Est alors ici démontré l'un des rôles souvent ignoré des segments libres en athlétisme

Quand il s'agit de la motricité humaine, il est rare que toute l'énergie communiquée au sol soit entièrement rendue et transmise au centre de gravité et/ou à l'engin. En effet, outre les problèmes de liaison au sol, il ne faut pas oublier que l'athlète est un ensemble multi-segmentaires déformable, qui comporte un nombre important d'articulations toutes susceptibles de représenter autant de cause de déperdition. Répétons le, il faudra une tonicité et un gainage puissant pour que la déperdition de l'énergie soit la plus basse possible lors de la transmission de la réaction du sol. Tonicité, gainage et alignement seront donc des éléments indispensables pour la transmission des forces ou des réactions attendues.

Si les activités athlétiques de course et de saut mettent en interaction l'athlète et la terre, les lancers font intervenir un troisième élément : l'engin. Dans la trilogie TERRE - LANCEUR - ENGIN, plus l'engin sera lourd plus l'athlète risque de subir la réaction de celui-ci s'il commence d'abord par agir dessus. On observe qu'un enfant à faible poids de corps peut aisément lancer avec force une pierre plate pour effectuer des ricochets sur l'eau, la faible masse de la pierre n'engendrant qu'une toute petite réaction tant le différentiel est élevé entre le poids de la pierre et celle de son corps. Par contre ce même enfant éprouvera déjà de grandes difficultés avec un poids de 3kg.

Pour se "garantir" de la réaction de l'engin, il faudra que certaines conditions soient alors réunies. Notamment que les étages moteur et de transmission soient au préalable fixés. Ils le seront si le lanceur commence d'abord par essayer de doter l'ensemble corps-engin d'une vitesse orientée. Ils ne seront pas fixés si le lanceur commence par agir sur l'engin, défaut caractéristique des jeunes élèves dont la première représentation des lancers consiste à imaginer qu'il faut lancer avec le bras et qui encaissent alors la réaction de l'engin.


Si le lanceur commence par agir sur le sol (intention de repousser la terre sous ses pieds), la réaction du sol autorisera alors une extension des appuis moteurs qui transformera alors les membres inférieurs en véritable arc-boutants lesquels soutiendront efficacement l'étage de transmission (bassin). Par la suite, l'accélération communiquée à l'engin par le tronc et le bras trouvera appui sur une plate forme (appui, bassin) indéformable et toutes les actions finales pourront être appliquées à l'engin, sa réaction étant "contrée" par la solide fixation des étages et segments sous-jacents.

Cet enchaînement chronologique indispensable des forces : agir d'abord sur le sol puis sur l'engin n'aura malheureusement pas pu être expérimenté par les élèves dont le passé de lanceur n'aura eu à se confronter qu'à des engins dont la masse (galet pour faire des ricochets, balle,ballon ...) n'engendre pas de fortes réactions. Se faisant, ils ont intégré le fait qu'ils pouvaient lancer en s'appuyant sur leur propre masse, ce qui sera totalement inopérant dans les lancers athlétiques. Nous avons donc toute une restructuration/rééducation idéo-motrice à effectuer en lancer et elle n'est pas des plus faciles. Ne faut-il donc pas alors se méfier très sérieusement de tous les apprentissages utilisant des engins trop légers qui, n'atteignant pas la masse critique qui engendrera une réaction, peuvent être lancés uniquement par action de bras? Ainsi, utiliser des cerceaux ou des balles légères risque de poser un problème de pertinence face aux conduites recherchées qui sont celles qui devraient permettre de lutter contre la réaction de l'engin.

Ce concept d'action - réaction implique, et se seront là des savoirs fondamentaux à transmettre, que :

-courir consiste avant tout à vouloir faire rouler la terre, de notre avant vers notre arrière, sous nos pieds et que ce n'est que par la différence des masses en présence que l'action, ne pouvant pas entraîner un déplacement de la terre, sera totalement restituée au coureur qui alors se déplacera vers l'avant. Donc courir c'est griffer le sol d'avant en arrière et repousser la terre en arrière pour obtenir une réaction vers l'avant,

-sauter en hauteur ne consiste pas à vouloir s'élever, mais d'abord à vouloir enfoncer la terre, et que ce n'est que par la différence..... (voir paragraphe précédent),que l'action contre le sol lui sera restituée et qu'il pourra alors s'élever

-en lancer, et comme nous avons tenté d'en expliquer ci-dessus les raisons, cette loi d'action réaction n'est pas immédiatement comprise. Très souvent les élèves ont d'abord tendance à reproduire ce qu'ils ont fait des années durant avec des projectiles légers. Il importe donc de leur faire comprendre que lancer c'est d'abord agir sur le sol avant d'agir sur l'engin afin d'éviter l'effet sandwich. La tâche qui attend l'enseignant n'est pas des plus faciles au regard des connaissances que nous pouvons avoir en psychologie de l'apprentissage sur la prégnance des conduites acquises et l'énorme difficulté à changer les représentations. Que dire aussi des schémas neuro-musculaires acquis dont nous savons combien ils sont difficiles à modifier !!!.

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