Les courses d'obstacles

Il convient de distinguer :

Les courses de haies courtes (100 ou 110h en seniors femmes et hommes et autres distances inférieures pour les autres catégories) sont des courses de sprint avec obstacles, dont les éléments principaux d'analyse sont :

Les courses de haies longues (400h en seniors) sont des courses de "résistance vitesse" avec obstacles, et dont, outre le franchissement , les éléments principaux sont :

Les courses de demi-fond avec obstacles (Steeple), dont les éléments principaux sont :

Dans tous les cas de figure, les obstacles doivent être franchis avec le moins de rupture possible quant à l'attitude et au rythme de la course. On constate que la plupart des athlètes ont maintenant les mêmes comportements sur les haies de steeple, qui ne sont d'ailleurs pas plus hautes que celles du 400 haies (0,91m), et parfois même pour le franchissement de la rivière qui sera passée sans poser le pied sur la barrière.

Pour franchir, et non pas sauter, il faut que la vitesse d'envol soit , comme on le verra plus loin, plus élevée lors de l'attaque de l'obstacle que ne l'est la vitesse moyenne utile de la course.

Pour franchir vite, il faut également que la flèche de la trajectoire soit la moins élevée possible. Pour ce faire, l'impulsion ne doit pas être orientée vers le haut mais vers l'avant, elle devra donc être prise relativement loin de l'obstacle. Si la trajectoire était trop orientée vers le haut, le coureur serait doté d'une énergie potentielle importante qu'il devrait donc véritablement "amortir" lors de la réception, ce qui nuirait au maintien de la vitesse moyenne utile, surtout dans les courses de haies courtes.
A partir de l'observation de la photo ci-contre, on imagine aisément la distance d'attaque. On remarque également que la flèche de la trajectoire est juste suffisante pour placer le bassin légèrement au-dessus de la latte. L'orientation de l'impulsion est donc à dominante horizontale.

Pour attaquer de loin avec l'intention de ne pas "sauter" le coureur devra :

1- Garder le bassin haut pendant la course afin d'en limiter la translation verticale lors du franchissement.
2- Attaquer la haie avec une vitesse d'envol supérieure à sa vitesse moyenne de course (CF GDyson "principes de mécanique en athlétisme", VIGOT, Paris,1965) afin de pallier l'inévitable décélération produite par la suspension.

En haies courtes, les capacités d'animation (départ-mise en action) et de placement avant le premier obstacle seront déterminantes pour :

- la qualité du franchissement du premier obstacle, qui sera elle-même déterminante pour...
- la qualité du franchissement du second obstacle, qui sera elle-même déterminante pour la qualité du franchissement de l'obstacle suivant...
- et ainsi jusqu'à l'espace 4/5 où les athlètes de haut niveau atteignent leur vitesse utile maximum. (CHANON,"analyse comparée des caractéristiques des courses de 100m et de 110m haies", Spécial Haies, n°100, AEFA).

En haies courtes, le rendement de la course, dans l'espace moteur, réglementé en fonction des catégories, impose huit appuis du départ au 1er obstacle puis 4 appuis entre deux obstacles; ce qui ne va pas sans poser des problèmes d'adaptation aussi bien au coureur débutant ,qui manquent de puissance, qu'au coureur de haut niveau pour qui les intervalles sont souvent trop courts pour qu'ils puissent exprimer complètement leur meilleur rendement sprint.

En haies longues, comme on le verra plus loin, il s'agit surtout de gérer une vitesse moyenne élevée en fonction du meilleur rapport amplitude fréquence, ce qui impose une expérimentation rigoureuse et chronométrée afin de déterminer le nombre d'appuis qu'il convient de mettre en œuvre du départ au 1er obstacle, puis entre les obstacles.

MISE EN ACTION

Haies courtes

En senior homme, le premier obstacle est à 13,72m de la ligne de départ; mais le coureur ne dispose que d'environ 11,50m pour atteindre la vitesse la plus élevée possible s'il veut l'attaquer dans les conditions exposées ci-dessus : impulsion à 2,20m (Guy DRUT à MONTREAL a pris sa première impulsion à 11,54 du départ selon Sandy EWEN ).

Au départ, le coureur se redresse plus rapidement qu'en sprint afin que le bassin soit placé "haut" plus tôt. Il recherche plus rapidement l'attitude course, le cycle antérieur s'établit donc un peu plus tôt. Le 4ème appui est généralement posé au tiers de la distance qui sépare le départ de l'impulsion (4ème appui de Guy DRUT à 4,38 de la ligne de départ pour une impulsion à 11,54). Observable pédagogique

La distance de pose de ce 4ème appui sera révélatrice de l'attitude psychologique des élèves face à la course d'obstacles. En effet, vouloir acquérir la compétence spécifique à se doter de la vitesse maximum dans un espace restreint implique d'accepter de partir à haute vélocité et d'utiliser 4 des 8 appuis pour ne parcourir que le tiers de la distance qui les sépare de l'obstacle. Un élève ayant un problème affectif de gestion de sa motricité par rapport à un obstacle tentera dans un premier temps de se rapprocher de cet obstacle pour être assuré de pouvoir le "sauter" sans problème. Ce faisant, il refuse donc de l'attaquer de loin en pleine accélération, augmente l'amplitude de ses 4 premiers appuis pour alors adapter les 4 derniers à une approche sécurisante. Les deux coureurs de droite et de gauche sur la photo ci-dessous présentent deux défauts caractéristiques de ce genre de conduite :

A gauche visiblement le coureur a attaqué très près de l'obstacle, d'où une trajectoire bien trop haute avec une jambe d'attaque fléchie, car autrement elle eut touché la haie.

A droite, même défaut, mais l'élève a trouvé l'astuce d'attaquer avec une jambe désaxée ce qui raccourcit sa distance à l'obstacle et lui permet de "sauter" moins haut que son camarade.

Sept ou huit appuis ?

Si quelques rares athlètes très puissants sont gênés, car trop près de l'obstacle en huit foulées, ils trouvent la solution en reculant les blocs de façon à poser les mains à une certaine distance de la ligne de départ, ce qui est autorisé. Mais ce problème ne se pose pas en scolaire; c'est même l'inverse, les élèves ayant du mal à gérer l'espace qui les sépare de l'impulsion en huit appuis.

Haies longues

Là, la puissance prime. Seule l'adaptation du nombre d'appuis, déterminé très précisément à l'entraînement, peut avoir une répercussion sur la mise en action, en ce qu'elle peut éventuellement amener un sujet à inverser par exemple la position dans les blocs. Ce changement n'engendrera pas de problèmes particuliers compte tenu qu'il s'agit là d'atteindre une vitesse de départ moins élevée qu'en sprint. Comme le départ est en couloir, l'athlète peut également jouer sur sa position dans le couloir: près de la corde il minimise la distance, près du bord externe de son couloir il la rallonge. Il peut ainsi gérer plus finement son approche du premier obstacle.

Franchissement

Haies courtes

On a vu que l'intention de l'athlète est d'attaquer avec une vitesse d'envol plus élevée que sa vitesse moyenne de course. Ceci sera possible, pour les athlètes de haut niveau, dans les conditions suivantes :
1- raccourcissement de l'amplitude de la dernière demi-foulée de façon à diminuer la distance que le bassin doit parcourir afin qu'il soit le plus vite possible devant l'appui d'impulsion; ce qui entraîne,

2- une diminution de la durée de la mobilisation de la jambe libre. Le coureur engage alors très rapidement le genou libre vers l'avant et le haut (il dépassera l'horizontale) tout en maintenant la jambe fléchie (condition d'une mobilisation rapide de ce segment inférieur). Dès que la cuisse atteint l'horizontale, la jambe est dépliée vers l'avant, pied armé en flexion.

3- Cette projection puissante vers l'avant contribuera à augmenter la pression de l'appui d'impulsion (action-réaction) qui agira extrêmement vite (selon AUBERT, "Mesures et observations biomécaniques à propos des courses de haies hautes", AEFA Spécial Haies, n°100) le temps moyen d'impulsion chez les athlètes des deux sexes est de 0,125"

 

Dès que la jambe est mobilisée pour pénétrer dans" l'espace haie", elle engendre une énorme composante de rotation qui devra être contro-latéralement compensée afin que le coureur reste en ligne. Cette équilibration sera obtenue par un engagement énergique de l'épaule opposée, engagement conduit par l'avant-bras.
observables: distance d'impulsion, montée du genou, ligne d'impulsion, engagement vers l'avant +++ et le haut+, regard loin devant, équilibration par engagement du côté opposé.

La volonté du coureur est de pénétrer le plus vite et le plus loin possible dans l'espace inter-obstacles

Avertissement:
1- Ne pas faire une erreur d'interprétation, le "hurdler" ne se baisse pas à l'attaque de la haie sous le prétexte de vouloir la frôler pour ne pas monter; bien au contraire, il cherche à la dominer mais sans pour cela monter le bassin plus que nécessaire. Le violent engagement en avant du haut du corps induit parfois, pour les non initiés, une impression d'abaissement. Il s'agit en fait d'une fermeture tronc-jambe réalisée sur une trajectoire légèrement ascendante et non pas d'un abaissement du C de G.
2 - Donc ne pas demander aux élèves de se baisser à l'attaque de la haie sous le prétexte de la frôler au plus près pour limiter la flèche de la trajectoire

Rôle de la tête
Si le regard est fixé sur les futurs obstacles, la tête fournit un point fixe stable et contribue à l'alignement tronc-ligne d'impulsion.
Si le regard est fixé sur la haie à franchir, donc vers le bas, l'alignement tronc-jambe d'impulsion sera rompu.
Observable: chez le jeune un regard sur l'obstacle trahit souvent la crainte de la haie, l'angoisse de la distance d'impulsion, l'absence de confiance en soi.

Mots clés de cette phase : Mise en action-Accélération, Vitesse et distance d'attaque, Quantité d'énergie, Orientation

FRANCHISSEMENT

Haies courtes

Dès que la jambe libre est engagée au-dessus de l'obstacle, elle est violemment rabattue vers le sol de façon à ce que l'appui de reprise se pose activement sous le bassin. La tonicité du pied est impérative pour une reprise dynamique en plante.

Le principe d'équilibre contro-latérale, est ici mit à rude épreuve car non seulement il faut équilibrer dans un plan vertical(abaissement violent de la jambe d'attaque), mais également dans un plan horizontal, car le retour de la jambe d'impulsion va s'effectuer avec une forte composante de rotation dans un plan horizontal.

Equilibration des bras :
La première équilibration entraîne la mobilisation du bras opposé, engagé loin devant pour équilibrer la pénétration de la jambe d'attaque. Afin d'accroître la vitesse de la rétropulsion jambe, ce bras doit être mobilisé en flexion et près du tronc. Observable : un bras rétropulsé dans un plan horizontal, donc loin du corps, ne contribue pas à accélérer la vitesse de rétropulsion de la jambe d'attaque.

La seconde influera également sur la mobilisation des deux bras, car la jambe d'impulsion, ramenée vers l'avant par contraction réflexe des fléchisseurs largement étirés dans la phase d'impulsion, s'effectue avec une rotation externe - abduction qui permet un retour de cette jambe dans un plan presque horizontal; en fait, légèrement oblique vers le haut. Il conviendra donc d'équilibrer cette composante de rotation dont le révélateur réside souvent dans la mobilisation des bras qui s'écartent du corps, le coureur effectue un mouvement alternatif de brasse avec un bras puis avec l'autre. Là encore, maîtriser cette mobilisation des bras en s'imposant de "serrer les coudes au corps" sera un gage du retour actif de la jambe d'impulsion. De toute façon le bras qui équilibre la jambe d'attaque devra néanmoins être mobilisé avec une légère abduction afin de laisser le passage au retour du genou de la jambe d'impulsion.

Haies longues
L'obstacle étant plus bas : 0,91 au lieu de 1,06, l'impulsion pourra être plus orientée vers l'avant, mais comme la vitesse moyenne est moins élevée la longueur du franchissement sera légèrement plus faible ; en moyenne de 3,20 à 3,30. Par ailleurs les compétences spécifiques sont identiques à celles des haies courtes à l'exception des haies situées en virage où la composante radiale de la force centrifuge peut imposer éventuellement une réflexion sur le choix de la jambe d'attaque; et là deux conceptions s'affrontent:

- la première qui prône une première jambe droite de façon à ce que lors de la reprise, et avec la légère inclinaison du tronc vers l'intérieur, la reprise d'appui puisse s'opposer à cette composante (HEBRARD,"Le 400m haies", in Les courses, VIGOT,PARIS, 1976)

- la seconde qui propose l'inverse en se basant sur le fait que la composante radiale du retour de la jambe d'impulsion, alors extérieure, permettra de lutter contre la force centrifuge qui s'applique au coureur(RADIUK-NIDZORZKI, "Les courses de 400h et quelques remarques sur les courses de haies", LEKKOATHLETICA, n°11, nov 1983).

LA COURSE INTER-OBSTACLES

Haies courtes

La distance inter-obstacles et la hauteur des haies sont des variables liées, comme a pu le démontrer AUBERT (op.cit). L'espace moteur réglementé est donc parcouru en 4 appuis et 3 demi-foulées (la 4ème étant celle du franchissement) très variables dans leurs structures et leurs rôles. Nous avons vu que la capacité à parcourir cet intervalle en 4 appuis sera fonction de la vitesse moyenne de course, de la vitesse et de la qualité du franchissement..

Le premier appui de reprise est caractérisé par une résistance à l'écrasement et une relance énergique de la vitesse horizontale. L'attitude au-dessus de cet appui est "haute".

A cause de la relance, la première demi-foulée est plus courte que la seconde qui sera elle-même plus grande que la 3ème. Les trois demi-foulées seront de toute façon plus courtes que les demi-foulées qu'il eut été possible de faire en sprint pour parcourir cette distance inter-obstacles. Ceci s'explique quand on sait que, d'appui de reprise à appui d'attaque, la distance à parcourir sur trois demi-foulées ne sera que de 5,64, c'est à dire : 9,14 (distance entre les obstacles), moins 3,50 (distance de reprise + distance d'impulsion) d'où une amplitude moyenne de 5,64/3 = 1,88 contre une moyenne habituelle en sprint de 2,20.

D'après AUBERT (op.cit) les amplitudes des trois demi-foulées sont, pour les hommes de:

- 1,55 à 1,75 pour la 1ère
- 2 à 2,20 pour la 2ème
- 1,80 à 1,95 pour la 3ème.

Le coureur doit donc aménager la structure de sa foulée et faire preuve d'une grande vélocité. Le rythme inter-obstacles est plus du type 1-2 de reprise et 1-2 d'attaque que : "et -1,2,3".

Haies longues

L'une des compétences spécifiques majeures des haies longues consistera à savoir gérer le nombre d'appuis inter-obstacles de telle façon que le rapport fréquence/amplitude soit le plus performant possible. Une telle compétence ne peut être que le résultat de nombreuses expérimentations réalisées au cours des entraînements et tout au long de la saison, car les progrès réalisés en matière de "résistance vitesse" au cours d'une saison d'entraînement conduisent l'athlète à pouvoir prolonger sur un, voire de 2 intervalles le nombre d'appuis utilisés en début de saison sur les premiers intervalles.

De MOSES, athlète américain qui tenait 13 appuis sur tous les intervalles, aux 15 indispensables pour figurer dans une finale de haut niveau, chaque athlète devra donc parfaitement connaître le nombre d'appuis qu'il doit accomplir avec même, si besoin était, les variantes à introduire au cours du parcours. En effet, tout le monde n'a pas la capacité à maintenir le même nombre d'appuis du début à la fin, car la fatigue se fait rapidement sentir et il est parfois nécessaire de changer le nombre d'appuis pour maintenir la vitesse moyenne. Tout le problème tient dans le fait de savoir quand et comment il faut modifier le nombre des appuis. Quand ils sont astreints à modifier leur nombre d'appuis inter-obstacles les athlètes effectuent ce changement en deux intervalles. Par exemple, en 15 jusqu'à la 6ème haie, l'intervalle 6/7 est réalisé en 16 appuis, ce qui amène à franchir avec la jambe la moins performante, l'intervalle 7/8 étant lui aussi réalisé en 16, ce qui ramène l'athlète sur sa bonne jambe, puis il termine en 17.

Autres repères

En ce qui concerne la répartition de l'effort d'après BEHM ("L'équilibre du 400m haies", Spécial HAIES, AEFA, n°100) aucun des meilleurs mondiaux depuis 30 ans n'a couru avec plus de 2"1 d'écart entre les deux 200m.


RADIUK et NIDZGORZKI (supra) précisent :
- qu'une différence de 2 à 2"5 entre une performance de 400m plat et 400m haies est le signe d'une excellente préparation. Ce qui induit une perte de vitesse par obstacle de 0,2 à 0,25",
- qu'une différence de 2"6 à 3"5 indique une préparation encore correcte,
- qu'à 4" et au-delà la préparation est notoirement insuffisante.

Ces précisions sont à rapprocher de celles rapportées par BELLOC ("Les rapports 400 plat - 400h", Special Haies, AEFA, n°100) qui, citant DECHOUX("techniques et conduites de courses de 400m haies, évolutions et perspectives", mémoire INSEP), parle d'un écart empiriquement admis par les entraîneurs se situant aux alentours de 2"5 à 3"5.

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